Home | Introduction | Abbreviations | Archives | Bibliography | Biography | Calendar | Family | Houses | Images | Literature | Liturgy | Miscellany | News Items | Ransoming | Rule | Statutes | Studies | Links

 

 

Les religieux trinitaires déchaussés dans les Etats héréditaires des Habsbourg
du siège de Vienne à l'érection de la Province Saint-Joseph (1683-1727)


 

Thierry Pascal Knecht, OSST
    Rome  -  1997             


INTRODUCTION

   L'étude que nous proposons, veut être une invitation à la découverte de rivages inconnus. Nulle volonté d'exotisme. Il s'agit seulement d'écrire un chapitre de l'histoire européenne et ecclésiastique trop longtemps demeuré à l'état de page blanche. En effet, les débuts et l'histoire de la Province Saint-Joseph de l'Ordre de la Sainte Trinité et de la rédemption des Captifs si liés aux événements militaires et politiques de la Drang nach Südosten1 des Habsbourg ont été relégués dans les oubliettes de la mémoire historique.

   C'est au lendemain de la libération de Vienne du siège ottoman (1683), que le projet d'établir une présence trinitaire en Europe centrale est né et s'actualisera d'abord dans le royaume de Pologne puis sur les rives du Danube. La particularité de son expansion géographique vers l'Est est d'avoir suivi de très près les progrès militaires de la libération de la Hongrie royale sous les règnes de Léopold Ier (1658-1705), Joseph Ier (1705-1711) et Charles VI (1711-1740). Nous avons limité notre travail aux quarante premières années de cette présence trinitaire et nous avons opté comme date butoir le 14 août 1727, date de la publication du bref Sacrosanctum Apostolatus officium2 érigeant la Province Saint-Joseph.

   Devant le manque de sources éditées, notre travail s'appuie principalement sur des documents d'archives. Malheureusement, les divisions géographiques et politiques de l'Europe centrale après la chute de la monarchie austro-hongroise, les dégâts causés par la seconde guerre mondiale (1939-1945) et les occupations successives ont provoqué la dispersion, la destruction et des pertes irréparables dans le matériel archivistique. Nous avons dû nous résigner à consulter les archives qui étaient à notre portée. Ainsi avons-nous travaillé tout particulièrement dans l'Archivio de San Carlino alle Quattro Fontane  (Rome), l'Archivio Segreto Vaticano, à l'Archiv der Trinitarier in Österreich  établie à Mödling, petite bourgade de la banlieue viennoise, et surtout à la Wiener Stadt.- und Landesarchiv  de Vienne, qui a récupéré, après la suppression de l'Ordre par Joseph II en 1783-84, près de quatre mille documents des Archives provinciales. Nous avons joint à la fin de cette étude un registre de certains documents que nous jugeons importants. Certains de ces documents ont déjà fait l'objet de publications d'autres sont inédits.

   Il est aussi vrai que cette étude des quarante premières années de la future Province trinitaire de saint Joseph pourrait être taxée de partialité. De nombreuses archives nous sont restées fermées, tout particulièrement celles concernant les fondations de Slovaquie, de Roumanie, de Turquie et de Serbie. Certaines sont à jamais perdues. Il existe, certes quelques monographies sur des fondations trinitaires publiées entre les deux guerres mondiales par des historiens hongrois et slovaques, et nous en tiendrons compte. Mais à ma connaissance, aucune étude récente, n'a donné une vision d'ensemble sur ces années 1683-1727, qui donnera au mouvement des religieux trinitaires déchaussés de l'Ordre une de ses plus brillantes provinces.

   Nous commencerons par étudier le contexte général car, comme nous l'avons affirmé plus haut les fondations trinitaires suivent le mouvement de reconquête en Europe centrale. Puis nous nous attarderons aux toutes premières expériences trinitaires après la libération de Vienne avec l'envoi des premiers religieux dans le royaume de Pologne. C'est eux qui ont intéressé les autorités autrichiennes à un possible apostolat en faveur des Impériaux. Et nous essaierons de montrer la progression et le développement de l'Ordre d'abord par les différentes fondations puis par l'activité apostolique déployée par ce dernier en faveur des chrétiens captifs d'origine allemande ou hongroise.

 

1. EN  GUISE  DE  RAPPEL:  L’ESPACE  ET  LE  TEMPS   DE   CETTE   ETUDE

   La compréhension de cette étude n'exige en aucune façon de connaissances historiques précises et approfondies. Elle réclame seulement quelques notions de géopolitique appuyées sur une carte sommaire et la présentation rapide des matériaux qui ont servi à son élaboration. Les pages qui suivent doivent suffire à effacer toute difficulté de lecture.

 1.1. La géographie politique de l'Europe centrale

   Depuis des siècles, chrétiens et musulmans se livrent une lutte permanente et la prise de Constantinople par le sultan Mehmet II ouvre les portes de l'Occident. Le nouvel empire ottoman devient dorénavant une puissance sur laquelle il faudra compter en Europe. Sa position stratégique, son antagonisme le pousseront à donner des coups de boutoir à l'Occident et ainsi à menacer la Chrétienté. Ses terrains d'élection seront tout particulièrement le Bassin méditerranéen, s'opposant ainsi à la politique d'hégémonie de l'Espagne, et l'Europe centrale rencontrant ainsi l'opposition de la Maison d'Autriche.

   Les Habsbourg ont, en effet, leurs États héréditaires très rapidement menacés et leur chute provoquerait un danger pour l'existence même du Saint-Empire romain germanique. Ainsi tenteront-ils d'établir entre leurs États et l'Empire ottoman une zone tampon dénommée Militärgrenze  où ils implanteront des populations armées pouvant intervenir de part et d'autre de la frontière selon les nécessités de l'heure. Mais à la suite de l'occupation de la vaste plaine hongroise, la frontière mouvante entre la Chrétienté et l'Islam correspondra aux limites de la Hongrie royale et de la Transylvanie, cette dernière étant une principauté chrétienne sous la protection du sultan.

   La victoire du Kahlenberg, le 12 septembre 1683, marquera, sans aucun doute, un tournant décisif de l'histoire de l'Europe. Consacrant la supériorité de l'armée des Habsbourg et des contingents alliés, sur celle des Ottomans, elle encouragera une nouvelle politique de la maison d'Autriche, appelée Südostpolitik. Ce véritable Drang nach Südosten  déterminera toute la politique extérieure et intérieure des États héréditaires, leur évolution future et scellera leur destin. Elle est caractérisée par la recherche, au sud du royaume de Hongrie, d'une frontière naturelle, si possible protégée par un glacis; par l'implantation de colons serbes sur les nouvelles frontières chargés de la défense des confins et par la mise à pas de la turbulente noblesse hongroise. Ainsi, les confins militaires, prévus initialement comme une barrière destinée à endiguer le flot turc, seront appelés à isoler le royaume de Hongrie de tout contact avec l'Empire ottoman et à participer à la réduction des rébellions hongroises3. Mais ce projet d'expansion sera contrarié et ralenti à la fois par la pression exercée à l'ouest du Saint-Empire par Louis XIV, par la politique des puissances maritimes (Angleterre et Provinces-Unies), qui craignent une trop grande puissance des Habsbourg et une concurrence commerciale au Moyen-Orient, et par le médiocre état des finances de l'empereur et de ses États héréditaires.

1.2.   Le Siège de Vienne  (1683)

 1.2.1. Les guerres contre l'Empire ottoman avant le siège

   Après s'être emparé de Constantinople en 1453, le sultan Mehmet II occupe la Valachie, la Moldavie, les rives de la mer Noire et la Crimée. Il fait également des incursions en Bosnie et en Transylvanie. La menace se rapproche des États des Habsbourg lorsque le sultan s'empare, en 1463, de Jajce, capitale de la Bosnie. Les Turcs lancent très loin des raids de reconnaissance et de pillage qui sèment la terreur dans les populations chrétiennes. En 1471, ils pénètrent profondément en Styrie, qu'ils ravagent, et franchissent ainsi pour la première fois les frontières du Saint-Empire. Tout le poids de la défense de l'Europe repose désormais sur le royaume de Hongrie et le roi Mathias Corvin bloquera l'avance ottomane à Futog et à Temesvar en 1479.

   Le long règne de Soliman Ier, surnommé "le Législateur" par les Turcs et "le Magnifique" par les Occidentaux, est marqué par une reprise de l'expansion de l'empire ottoman et une modification profonde des frontières de l'Europe centrale. En quelques années, Soliman consolide l'oeuvre accomplie par son père Sélim Ier, assure la paix intérieure de l'Empire et étend les frontières de ce dernier jusqu'aux limites extrêmes du rayon d'action de l'armée ottomane4. Soliman souhaite porter la guerre sainte en Hongrie et cherche un prétexte. L'ambassadeur ottoman, envoyé à Buda pour annoncer son avènement aurait été mal reçu par Louis II.

   L'année 1521 est une année importante pour l'histoire de la Hongrie. D'une part l'armée ottomane s'empare des forteresses de Belgrade et de Sabac, ce qui lui permet de renforcer sa position sur la rive méridionale du Danube, d'autre part, Louis II Jagellon épouse Marie de Habsbourg, soeur de Charles Quint et de Ferdinand d'Autriche, tandis que ce dernier épouse Jeanne, soeur de Louis II, dont elle sera l'héritière. Ainsi après la mort de Louis II de Hongrie sur le champ de bataille de Mohacs, le 29 août 1526, Ferdinand Ier est élu roi de Hongrie par la diète de Pozsony5 le 16 décembre. Désormais le sort de la Hongrie est lié à celui de la maison d'Autriche jusqu'en novembre 1918. La paix enfin signée en 1568 à Andrinople permettra à la Hongrie de connaître un quart de siècle sans invasion turque tandis que les confins seront troublés par des razzias répétées d'unités ottomanes, qui pillent et incendient les villages, enlèvent les jeunes femmes et massacrent les habitants.

   En 1592, l'ampleur de ces razzias et l'envergure des opérations de police effectuées par les troupes régulières, pousse l'empereur Rodolphe II à ne pas proroger la paix. En représailles, l'armée autrichienne attaque et bat l'armée ottomane à Sisak en 1593, au confluent de la Save et de la Kupa. C'est le début d'une guerre de treize ans au cours de laquelle la Valachie, puis la Moldavie se révoltent contre le sultan. Le sultan Mehmet III doit s'emparer de la forteresse hongroise de Eger pour gêner les liaisons entre l'Autriche et les principautés danubiennes. La paix de Zsitvatorok, du 11 novembre 1606, marque un changement important dans les relations entre les deux empires, le sultan acceptant pour la première fois de traiter d'égal à égal avec les Habsbourg. Ce traité confirme les frontières antérieures entre l'Empire ottoman et les possessions des Habsbourg. Elle permet à la Croatie et à la Hongrie royale de connaître une ère de paix et de prospérité relatives 6.

   La désignation de Mehmet Köprülü Pacha comme grand vizir, le 15 septembre 1656, marque un début de redressement politique et militaire de l'Empire ottoman. Après avoir battu la flotte vénitienne en juillet 1657 et repris les îles de Limnos et de Tenedos, qui permettent de libérer les Détroits du blocus vénitien, Mehmet Köprülü Pacha peut intervenir en Transylvanie où le prince Georges Rakoczi est entré en rébellion contre le sultan. L'immixtion de l'empereur Léopold Ier dans les affaires de Transylvanie conduit à une nouvelle guerre austro-turque. La campagne de 1663 permet aux Turcs de s'emparer de la forteresse de Neuhaeusel et de six petites places fortes dont celle de Nitra, à 70 kilomètres au nord de Neuhaeusel, et de ravager une partie de la Haute-Hongrie. Malgré la victoire remportée le 1 août 1664 par l'armée du maréchal Montecuccoli à Saint-Gotthard, l'empereur doit signer la paix de Vasvar le 24 septembre. Par cette paix négociée avant la bataille, il cède au sultan deux places fortes sur la frontière et confirme le protectorat turc sur la Transylvanie.

   L'Empire ottoman va-t-il donc reprendre sa progression en Europe? En 1672 et 1676, des guerres contre la Pologne lui permettent de conquérir la Podolie et de pénétrer en Ukraine. Cependant, des observateurs avertis ont pu se rendre compte sur les champs de bataille de Saint-Gotthard ou de Chocim (contre les Polonais, 2 novembre 1673) que la puissance militaire turque a baissé face aux armées européennes qui ont fait des progrès considérables depuis le début du XVIIème siècle.

1.2.2. Le siège de Vienne.

   Le successeur de Fazil Ahmed, son beau-frère Kara Mustafa, continuera à maintenir l'ordre à l'intérieur de l'Empire ottoman. Mais il voulut couronner sa gloire par une grande victoire, s'emparer enfin de la "pomme rouge", de la ville devant laquelle Soliman le Magnifique lui-même avait échoué, Vienne.

   Depuis plusieurs années, les protestants hongrois conduits par un magnat nommé Thököly désiraient secouer la tutelle des Habsbourg catholiques pour se mettre sous la protection des Turcs qui avaient la réputation d'être parfaitement tolérants en matière de religion. Thököly demanda donc l'aide de Kara Mustafa pour se révolter contre l'empereur. Après quelques hésitations, le grand vizir accepta et, en 1682, il refusa de renouveler avec Vienne le traité de paix de 1664 qui arrivait à expiration. Aussitôt après, il commença à rassembler une énorme armée à Andrinople.

   Au printemps 1683, l'armée turque se mit en marche vers le nord. Les chroniqueurs parlent de deux cent mille soldats parmi lesquels un contingent de cinquante mille cavaliers tatars fournis par le khan de Crimée; mais il est probable qu'il faut comprendre dans ce nombre une foule de non combattants, valets, muletiers, marchands, etc. L'objectif même de la campagne a été mis en doute, car les textes officiels turcs ne mentionnent que deux forteresses à conquérir. Kara Mustafa s'est-il laissé entraîner plus loin que son plan initial? Ou bien le commandement turc a-t-il voulu conserver un secret stratégique? Cette deuxième interprétation paraît plus probable, vu l'ampleur des préparatifs.

   D'ailleurs, le moment était favorable. L'Autriche, épuisée par la guerre contre la France, ne pouvait pas aligner plus de trente mille hommes. En Allemagne, l'Électeur de Bavière et l'Électeur de Saxe promettaient d'envoyer des troupes, l'Électeur de Brandebourg ne bougeait pas. Il ne faisait que suivre l'exemple de son puissant allié le roi de France. En effet, l'empereur n'avait aucun secours à attendre de Louis XIV; au contraire, celui-ci n'aurait pas été mécontent qu'une défaite de son rival fît ensuite de lui-même le seul rempart de la chrétienté. Le pape Innocent XI appela tous les États chrétiens à participer à la croisade, au moins en argent: quelques cités italiennes, et le Portugal l'entendirent 7. Mais, surtout le roi de Pologne Jean Sobieski, qui avait déjà fait ses preuves contre les Turcs, signa avec l'empereur un traité d'alliance et lui promit de venir à son secours avec quarante mille homme8.

   Cependant l'armée turque franchissait la Raab et s'avançait vers Vienne sans rencontrer de résistance. L'empereur Léopold Ier s'était enfui à Passau avec la cour, tandis que le duc de Lorraine s'efforçait de réunir une armée à Linz. La capitale restait avec une garnison de douze mille hommes à peine, commandés par le comte von Starhemberg et l'évêque de Wiener Neustadt le comte Léopold von Kollonitsch. Le 14 juillet 1683, les Turcs commencèrent à investir la ville, qui n'avait même pas pu achever de se mettre en état de défense; l'immense camp des assiégeants, avec ses vingt-cinq mille tentes, couvrait tout l'horizon à l'ouest. Il n'y avait pas beaucoup d'espoir 9.

   Selon l'usage, les Turcs commencèrent par proposer aux Viennois de se convertir à l'Islam ou, s'ils préféraient, d'abandonner la ville avec un sauf-conduit; les défenseurs refusèrent. Alors les assiégeants ouvrirent le feu. Le 20 juillet commence donc l'assaut. Mais en la circonstance l'artillerie turque allait se révéler très insuffisante, tandis que les assiégés disposaient de moyens supérieurs. Sans doute les Turcs comptaient-ils surtout sur les travaux de sape et de mine pour ouvrir la brèche, mais les défenseurs, en multipliant des contre-attaques courageuses, dérangèrent leurs calculs. Mais le 4 septembre, les Turcs font une brèche de 10 mètres de large dans la muraille et l'assaut devenait de plus en plus insupportable pour les Viennois. De la tour de la cathédrale Saint-Étienne, on lançait des feux de détresses en attendant les secours. La réponse ne sera donnée que dans la nuit du 10 au 11 septembre depuis le sommet du Kahlenberg.

   Tandis que la garnison de Vienne prolongeait une résistance héroïque, les forces chrétiennes se concentraient. La principale faute du grand vizir fut de ne rien faire pour les en empêcher. Jean Sobieski rejoignit les Autrichiens et reçut le commandement de l'armée, en sa qualité de roi. Au début de septembre, il marcha sur Vienne. La situation de la ville était alors désespérée, de larges brèches trouaient les remparts, quand les Viennois purent apercevoir enfin les signaux de l'armée qui venait les secourir. Le khan de Crimée n'avait pas su lui barrer le passage du Danube. Le 12 septembre, l'armée chrétienne attaquait des hauts du Kahlenberg: supérieure en tactique et en artillerie, remplie d'ardeur à la pensée de délivrer Vienne, elle bouscula les Turcs; la cavalerie polonaise s'empara de leur camp, mais elle n'osa pas les poursuivre dans leur fuite 10. Pour la première fois le Turc reculait en Europe et cette catastrophe allait entraîner pour l'Empire ottoman la perte de la Hongrie. Le 29 septembre l'envoyé du roi Jean III Sobieski 11 rencontrera le pape Innocent XI au palais du Quirinale pour lui annoncer la victoire chrétienne et lui remettre la bannière turque et le bâton de commandement du vizir.
 

1.3. La libération de la Hongrie (1684-1699)

   La guerre qui oppose le sultan à l'empereur, apporte d'importants changements en Europe centrale où les confins deviennent mouvants car l'axe d'effort de l'armée impériale est pour des raisons de facilités de transport et de ravitaillement, la vallée du Danube. L'assaut des Turcs contre Vienne, en 1683, a réveillé en Europe l'esprit de croisade 12.

   La victoire remportée, le 12 septembre 1683, sur les pentes du Kahlenberg, par les troupes impériales et l'armée polonaise, marque un tournant décisif de l'histoire de l'Europe car elle permet à l'empereur Léopold Ier d'entreprendre ce qu'il n'avait pas osé après la victoire de Saint-Gotthard en 1664, c'est-à-dire la reconquête de la Hongrie. Cependant la poursuite de l'armée ottomane en retraite n'est pas immédiatement engagée pour des raisons logistiques et politiques 13. Ce n'est que sous l'influence du pape Innocent XI que l'empereur se décide à poursuivre les Ottomans en 1684. Sous l'impulsion du pape, une Sainte-Ligue est conclue, le 5 mars 1684, entre le pape, l'empereur, le roi de Pologne, la sérénissime république de Venise et le tsar de Russie. Il ne faudra pas longtemps pour découvrir la faiblesse réelle de l'Empire ottoman.

   Tandis que les Russes s'attaquent à la Crimée, sans succès d'ailleurs, les Vénitiens, commandés par Francesco Morosini, opèrent sur les côtes de Dalmatie et de Grèce; ils s'emparent des Iles Ioniennes, qui commandent l'entrée de l'Adriatique, et de la Morée avec Corinthe. Cependant l'offensive principale est menée dans la plaine hongroise. Là, chaque année, l'armée impériale, sous les ordres du duc Charles V de Lorraine, donne de nouveaux coups de boutoir: en 1684, elle s'avance jusqu'à Pest mais ne parvient pas à prendre la forteresse de Buda qui domine le Danube 14. L'année suivante, grâce à la trêve de Ratisbonne avec la France, l'empereur peut repousser les offres de paix faites par les Turcs. Tandis que ces derniers viennent assiéger Visegrad et Esztergom, sur le Danube, les Impériaux assiègent Neuhaeusel à partir de juillet et la prennent en août, puis tombent Presov et Ungvar. En 1686, renforcée par un contingent polonais, l'armée impériale enlève d'assaut Buda, le "bouclier de l'Islam", que les Infidèles occupaient depuis un siècle et demi. L'heure de la grande revanche de la chrétienté sur Soliman le Magnifique a sonné: en août 1687, les Turcs sont écrasés à Mohacs, sur le lieu de leur grande victoire de 1526 15.

   Ces victoires ont ôté tout espoir au mouvement d'indépendance hongroise qu'animait Thököly. Il est écrasé par les troupes impériales et une sanglante répression marque l'instauration de la domination catholique des Habsbourg; cependant la femme de Thököly, Hélène, continue seule la résistance dans la forteresse de Munkacz qu'elle ne rend qu'en 1688. L'empereur peut maintenant compter sur une partie importante de la noblesse hongroise, les catholiques, et ceux dont il a payé le ralliement par les honneurs comme les Esterhazy. C'est ainsi que la diète hongroise, réunie à Pozsony en 1687, accepte de reconnaître le fils de Léopold, Joseph, comme roi de Hongrie et décide qu'à l'avenir ce sera toujours le fils aîné du roi qui sera élu et couronné, autant dire que la couronne de saint Étienne est rendue héréditaire; d'autre part, elle renonce au droit à l'insurrection qui lui avait été reconnu au XIVème siècle. Peu après, l'archiduc Joseph se fait couronner roi de Hongrie, à Buda et le prince de Transylvanie, jusqu'alors vassal du Sultan, vient lui porter son hommage.

   Le refoulement des Turcs continue. En 1688, une armée commandée par le duc Max-Emmanuel de Bavière marche sur Belgrade et la force à capituler 16. On peut s'attendre à un effondrement complet de l'Empire ottoman où les janissaires se mutinent tandis que se succèdent les révolutions de palais; le Sultan demande la paix, mais les coalisés la refusent. C'est alors que la guerre de la Ligue d'Augsbourg va lui accorder quelque répit. Tandis que l'armée impériale et ses chefs sont appelés sur le Rhin, un nouveau vizir, de la famille des Köprülü, réorganise l'armée et les finances ottomanes et restaure l'autorité de la Porte. Il chasse les Vénitiens de Morée et il reprend Belgrade aux Impériaux (1690), mais il meurt au combat l'année suivante.

   Si la prise d'Azov par le Tsar Pierre le Grand est de peu de conséquences pour la puissance turque, il n'en est pas de même de la paix de Ryswick qui ramène sur le Danube toutes les forces impériales sous le commandement du meilleur général de ce temps, le prince Eugène de Savoie 17. Après la victoire de celui-ci à Zenta (1697), le Sultan est réduit à accepter toutes les conditions que ses ennemis lui imposent par le traité de Karlowitz (1699): la Russie ne reçoit qu'Azov, mais aussi elle ne signe qu'une simple trêve; la Pologne récupère la Podolie; Venise prend la Dalmatie et la Morée; quant à l'empereur, il a de loin la plus belle part, avec toute la Hongrie et la Transylvanie; d'un coup il a presque doublé l'étendue de ses possessions; il est vrai que ce sont des étendues presque vides, qu'il va falloir peupler et mettre en valeur. Il reste que la Maison d'Autriche dispose maintenant d'un vaste bloc de territoires sur lequel elle peut édifier un État.
 

1.4. La création d'un État sans nom ?

   En 1684 est paru un ouvrage au titre provoquant: Österreich über alles, wenn es nur will 18 l'auteur, Philippe Guillaume von Hörnigk, est un intellectuel allemand, un de ces géopoliticiens de l'époque, imbu de théories mercantilistes. Mais qu'appelle-t-il l'Autriche ?

Par Autriche, j'entends tous les pays et royaumes héréditaires de la maison archiducale d'Autriche allemande, qu'ils fassent ou non partie de l'Empire romain (c'est-à-dire y compris la Hongrie). Isolément, chacun de ces pays est sans moyens; tous ensemble ils forment un corps naturel.

   Ainsi, à l'époque même du siège de Vienne, l'idée a commencé à poindre d'un État moderne et puissant, fondé sur la mosaïque de pays qui, jusqu'à présent, n'ont pas d'autre unité que l'appartenance personnelle à une même maison princière. Le Habsbourg est comte au Tyrol, duc en Styrie et en Carinthie, archiduc en Autriche, roi en Bohème et en Hongrie, etc..., mais si la tradition ne voulait qu'il fût toujours élu empereur, on ne saurait comment l'appeler. Ses États propres ont chacun ses institutions, ses coutumes, sa langue: ils n'ont même pas un nom en commun. Ou plutôt, comme l'indique le livre d'Hörnigk, un nom est en train de s'imposer peu à peu, faux mais commode, l'Autriche. Ainsi, pour la commodité de notre travail, nous utiliserons ce vocable "Autriche" pour définir tout le territoire dépendant directement des Habsbourg.

   Nul n'est plus conscient que l'empereur Léopold de ce que cette situation a d'anachronique et de paralysant. Ce contemporain de Louis XIV, qui a reçu lui aussi de ses sujets le titre de "Grand", est généralement méconnu en Occident. Il est vrai qu'il n'était ni beau, ni prestigieux, ni porté vers le métier militaire, et que son attitude en 1683 ne fut pas des plus glorieuses; mais ce fut un très honnête homme, pieux sans bigoterie, aimant la vie familiale et assez simple d'abord, encore qu'il fût féru d'étiquette, un prince cultivé et un excellent musicien. Sa politique extérieure ne manque pas de grandeur, car il voyait juste en s'opposant au roi de France comme à un dangereux rival en Allemagne et dans toute l'Europe et son esprit d'administrateur attentif 19, et même paperassier (il aurait signé 300 000 lettres), a beaucoup fait pour développer et renforcer la cohésion de ses États.

 

2.  LA  FONDATION  ET  L’EXPANSION EN  AUTRICHE


2.1.  En route vers la Pologne

2.1.1.  La légation de Jean Casimir Denhoff à Rome

   Au lendemain de la bataille de Vienne (12 septembre 1683), le roi de Pologne Jean III Sobieski charge le jeune noble Jean Casimir Denhoff, fils du Grand Chambellan, d'annoncer à Innocent XI la victoire sur les Ottomans et la libération de la ville impériale. Comme nous l'avons déjà vu, il rencontrera le pape lors de l'audience du 29 septembre au Quirinale où il lui remettra la bannière turque et le bâton de commandement du vizir conservés depuis au Latran (7 octobre 1683). Au cours du consistoire de 1685 20, Innocent XI l'élèvera à la dignité cardinalice au titre de Saint-Jean-Porte-Latine 21.

   Profitant de son séjour à Rome, Denhoff prend contact avec Pierre de Jésus ministre de San Carlino alle Quattro Fontane 22 et procureur des Trinitaires déchaussés espagnols. Il est impressionné par l'austère vie régulière et par l'apostolat rédempteur de ceux qui militent dans cet Ordre, aussi naît en lui le désir de les voir s'installer en Pologne. Quelles sont ses motivations ? A ma connaissance, aucun document émanant du cardinal ne nous le laisse deviner mais des sources trinitaires nous le montre comme un homme soucieux de la cause des captifs 23 et désirant profondément servir sa nation en y implantant un institut voué au rachat des chrétiens captifs. Il s'ouvre de son projet à Pierre de Jésus, qui en informe immédiatement le ministre général Antoine de la Conception 24. Ce dernier, enchanté par le projet, n'exige que la protection expresse du roi. Une fois celle-ci assurée 25, le général soumet le projet à la délibération du Définitoire général qui emporte un avis plus que favorable. On désigne donc Jean de Saint Antoine 26, alors ministre de la maison de Grenade, comme procureur, ainsi que François de la Conception et un convers Jean de Saint François pour cette fondation.

   Munis de lettres pour le roi et pour les dignitaires du Royaume, ils s'embarquent le 7 novembre 1684 27 pour Rome qu'ils atteignent le 8 janvier 1685. Averti de leur arrivée par Pierre de Jésus, le cardinal Denhoff informe Innocent XI de son désir de voir les Trinitaires s'installer en Pologne. Le pape approuve chaleureusement le projet et demande la rédaction de brefs 28 à l'adresse du roi et de la reine. Le cardinal Denhoff rencontrera à plusieurs reprises les religieux et leur donnera des instructions écrites en sept articles appelées Monita 29.

2.1.2.  Départ pour Varsovie et étape à Vienne.

   Jean de Saint François se joint au groupe. Grâce à un document manuscrit conservé dans les Archives de San Carlino 30, nous pouvons les suivre dans leur pérégrination. Après avoir rencontré le pape Innocent XI alité 31, et munis de lettres de recommandation émanant de membres de la Curie 32, les religieux quittent la Ville Éternelle le 10 mars 1685. Passant par Loreto et par Ferrare, ils arrivent pour l'Annonciation à Venise 33. Par la Carinthie, ils entrent dans les États héréditaires des Habsbourg.

   Ils font une halte de quelques jours à Vienne pour se refaire et y recevront de nouvelles lettres de recommandation pour le roi, le nonce Pallavicini et les archevêques de Cracovie et de Léopoli. Durant ce séjour, ils visitent les temples et prennent conscience des destructions provoquées par le siège de la ville par l'armée ottomane deux ans plus tôt. L'idée d'une fondation trinitaire remonterait-elle à cette date? Nous ne pouvons l'affirmer. Il est fort probable que le groupe ait rencontré des personnages importants que nous retrouverons plus tard et qui soutiendront le projet d'une installation trinitaire en Autriche comme les comtes von Harrach, le cardinal Léopold von Kollonitsch, le nonce Buonvisio, le prince-évêque de Vienne, l'empereur Léopold Ier en personne. Malheureusement rien ne le prouve. Un texte pourrait nous donner un petit indice. C'est en effet, après le passage des Trinitaires à Vienne, que la Sacrée Congrégation des Rites, à la demande expresse de l'Empereur, étend les offices et la messe des deux fondateurs des Trinitaires, Jean de Matha et Félix de Valois à tout l'Empire 34.

   Les religieux quittent la capitale impériale le 18 avril 35, traversent la Moravie par Olomouc (Olomütz) en Moravie et atteignent Cracovie, résidence royale le 7 mai. Ils seront obligés de poursuivre leur route jusqu'à Varsovie qu'ils rejoindront en cinq jours. Dès leur arrivée, ils se présentent à la cour et remettent les lettres à leurs destinataires. Ils apprennent que Jean III et Marie Casimira ont déjà reçu les brefs pontificaux. Soutenus par certains évêques 36, par les gouverneurs de Russie et de Kiev, ainsi que par l'abbé de Paradysk et la mère du cardinal Denhoff, Jean de Saint Antoine entre en pourparlers avec les délégués du roi Stanislas Witwicki et Nicolas Poplawski. Ils doivent se mettre d'accord pour le lieu de fondation. Les Trinitaires proposent de commencer par Varsovie mais ce sera la ville de Léopoli qui sera retenue par le roi et le nonce.

2.1.3.  La fondation de Léopoli et difficultés croissantes en Pologne

   Quelles sont les raisons qui incitent le roi et le nonce à choisir Léopoli 37 ? La seule raison qui sera donnée pour ce lieu est sa situation géographique. Léopoli est la ville d'une certaine importance la plus proche de la frontière avec les Ottomans et cela facilitera donc l'oeuvre de rachat. Mais une grosse difficulté apparaîtra très rapidement: qui pourvoira financièrement à la construction de la maison ? Suivant les recommandations du nonce, Jean de Saint Antoine s'adresse donc aux évêques pour leur demander de l'aide 38.

   Munis de ces dons et d'une lettre du nonce pour l'archevêque Lipski et le chapitre, les Trinitaires se rendent à Léopoli qu'ils atteignent le 13 juillet 1685. Le nonce demandait pour les religieux la petite église dédiée à la Bienheureuse Vierge Marie située dans la périphérie, près de la Porte de Cracovie. Les quatre religieux s'installent tout d'abord chez les Théatins espérant obtenir rapidement la charge de cette église. Mais en dépit des lettres royales et de celle du nonce et de la bonne volonté de l'archevêque, le Magistrat de la ville et le chapitre cathédrale se montrent réticents.

   Devant ces difficultés, l'archevêque autorise la construction d'une nouvelle maison et d'une église par et pour l'Ordre (5 novembre 1685). En attendant la fin des travaux, les religieux pourront occuper l'ancienne chapelle des Augustins située dans une zone marécageuse. Devant le refus trinitaire d'accepter cette chapelle pour raison d'insalubrité du lieu, les religieux font plusieurs fois appel auprès du roi pour tenter de prendre l'église de la Bienheureuse Vierge Marie. Le roi interviendra personnellement mais sans succès. Le chapitre énoncera par écrit les raisons de son refus 39 , à laquelle répondra le ministre 40.  L'affaire est finalement portée devant le légat du pape, le cardinal Pallavicini.

   Une délégation est donc reçue par le nonce le 4 janvier 1686. Ce dernier les informe de la volonté du pape et du roi de voir les Trinitaires s'installer à Léopoli. L'archevêque Lipski ordonne donc la remise de l'église dans les cinq jours mais sans succès. Désespéré, le procureur tente une dernière intervention auprès du roi à Zolkwia mais malgré l'appui du souverain rien n'avance. Après d'autres difficultés posées par le Magistrat contre l'achat d'un terrain à proximité de la résidence des Jésuites, les Trinitaires se rendront acquéreurs d'une maison dans le ghetto. Cette fois-ci, ce seront les habitants du quartier qui s'opposeront à sa prise de possession. Enfin sur le conseil du roi venu à Léopoli, les religieux achètent une propriété appelée Malechowska, proche de la Porte de Cracovie et appartenant à Alexandre Dynowicz, administrateur du palais royal de Wilanow mais la maison est grevée d'hypothèques. Il faut faire face financièrement et la mort prématurée de François de la Conception le 1 mars 1686 oblige Jean de Saint Antoine à porter seul le poids financier. Jean III confirma la fondation le 15 mars 1686 et les religieux s'y installeront le 28 mai 1686. On commence immédiatement les travaux pour une chapelle et le 15 juin le nonce la consacrera. L'administrateur de l'évêché arménien, Déodat prononcera l'homélie. Ce n'est qu'en 1690 que la Diète confirmera la fondation 41.

   Dès le mois d'août 1686, trois Trinitaires espagnols arrivent à Léopoli: Michel de Sainte Marie, Jean de la Sainte Croix et Ambroise. Peu après la mort du fr. Ambroise, entra un premier novice polonais du nom de Bialozor. En avril 1687 Jean de Saint Antoine demanda son retour en Espagne, date à laquelle un arménien dénommé Zacharias Michalewicz entra aussi dans l'Ordre qui sera très utile à la communauté pour sa connaissance des langues orientales. Les Trinitaires de la future province de Saint Joachim érigée en 1726 s'ouvriront de plus en plus à des candidats provenant d'autres confessions chrétiennes jusqu'à ouvrir une vingtaine de maisons 42.


2.2.  Le projet d'une fondation en Autriche

2.2.1.  Vers l'approbation impériale

   Au moment où la guerre entre les deux Empires reprend, l'Ordre décide de tenter une fondation dans les États héréditaires des Habsbourg. Le Ministre général entame dès octobre 1686 des démarches auprès de la reine Anne d'Autriche 43. Celle-ci expédiera le 26 novembre 1686 une lettre à son frère l'empereur Léopold Ier pour intercéder en faveur d'une installation trinitaire en Autriche 44. A la même période, Jean de Saint Antoine demande au Ministre général, Pierre de Saint Michel, son retour en Espagne 45. Ce dernier y voit une opportunité pour sonder les autorités civiles et religieuses de la capitale impériale. Il lui confie la tâche de nouer des contacts dès son arrivée à Vienne 46 en vue d'une fondation. A Rome, le procureur réunit des lettres de recommandation émanant des membres du Sacré-Collège et tout spécialement du cardinal-protecteur Alderanus Cybo 47. Les finances de ces démarches seront assurées par la maison de San Carlino qui enverra une somme de 100 doublons provenant de la caisse de la rédemption 48 et de la collecte effectuée par le Ministre général en Espagne. En même temps, on commence à donner des noms de possibles candidats pour former le premier noyau. Ils sont tous conventuels de San Carlino (Rome): Jean de Saint Augustin, Thomas de Saint Joseph et Michel de Sainte Marie49.

   Mais une question reste encore en suspens. Où installer cette première communauté? A Vienne, près de la Cour ou bien en Hongrie plus proche du lieu d'apostolat? Si on étudie la correspondance conservée entre le Ministre général et le ministre de San Carlino, nous pouvons déceler un certain flottement quant à la destination. Le projet primitif datant d'octobre 1686 prévoyait une première fondation à Vienne qui sera suivie par d'autres dans des villes hongroises reprises aux Turcs 50. Mais en mars 1687, nous constatons qu'une option est prise pour l'apostolat. Il est dorénavant souhaitable de commencer en Hongrie et dans une ville frontalière. Le choix oscille entre Buda et Esztergom 51, qui viennent d'être libérées. En avril, la capitale religieuse de la Hongrie semble prévaloir et Vienne réapparaît mais pour plus tard et pour y ériger un hospice à la place d'une maison régulière 52.

   Pourquoi toutes ces hésitations? Il nous est malheureusement impossible de donner une raison précise mais il semblerait que le projet évolue parallèlement avec les attentes exprimées par les principaux bienfaiteurs de l'Ordre auprès de la Cour. Le comte Bonaventure von Harrach, membre du Conseil aulique, et sa femme Jeanne de Lamberg aimeraient voir l'Ordre s'établir d'abord à Vienne. Les cardinaux Francesco Buonvisio et Léopold von Kollonitsch optent eux pour une fondation plus apostolique et donc proche de la frontière 53.

   Dès sa nomination officielle au mois d'avril 1687, Jean de Saint Augustin recherche des appuis. Dominique Marie de Marinis, vicaire général de la Compagnie de Jésus 54  lui octroie une lettre de recommandation. En juillet, lui est adjoint Maure de la Conception, qui grâce à l'intervention du cardinal Carlo Pio, obtiendra des lettres de protection et de recommandation de la part l'ambassadeur impérial et du nouveau Préposé général de la Compagnie de Jésus, Tirso Gonzalez de Santalla 55. A Vienne, Jean de Saint Antoine continue pendant tout l'été les consultations mais sans aucun résultat probant. Le nonce lui-même s'est engagé auprès de l'empereur qui a approuvé dans sa globalité l'idée d'une fondation trinitaire en Hongrie mais l'état des finances publiques ne permette pas de la réaliser. Le nonce a donc suggéré à l'empereur d'offrir aux Trinitaires un lieu abandonné, qu'ils répareront à leurs frais. Un appel de fonds aux maisons d'Espagne pourra être consenti par le cardinal-protecteur en attendant que les fidèles puissent pourvoir à cette fondation et à l'oeuvre de rédemption 56.

   Dès son arrivée à Vienne le 27 septembre 1687, Maure de la Conception reprend contact avec les cardinaux Buonvisio, von Kollonitsch, les Jésuites et la famille von Harrach 57. Le cardinal von Kollonitsch intervient alors personnellement auprès de l'empereur. Il lui propose d'autoriser les Trinitaires à s'installer en Hongrie où selon lui, ils pourront être plus utiles. Le nonce quant à lui, intervient auprès d'Étienne von Trautson, prince-évêque de Vienne. L'argumentation est double: les Trinitaires sont par l'observance stricte de leur règle un exemple édifiant pour la conversion du peuple. N'oublions pas que nous sommes dans une période de reconquête du catholicisme dans une Hongrie assez protestantisée. Le second argument concerne la nécessité en période de conflit de pouvoir racheter les captifs 58.

   Il semblerait qu'à la fin d'octobre 1687, Maure de la Conception aurait déposé une requête auprès de la Chancellerie impériale pour l'érection d'un hospice à Vienne. Ce document a été perdu. Il faudra attendre la fin des célébrations du couronnement de Joseph Ier comme roi de Hongrie et l'arrivée de Jean de Saint Augustin le 9 décembre pour que les religieux soient reçus par le Pro-Chancellier. Après cette entrevue, ils rédigeront un libellé59 présentant l'Ordre et exprimant leur désir d'ériger un couvent et non un hospice dans la capitale impériale. Jean de Saint Augustin le remettra entre les mains mêmes de l'empereur, qui lui promet de le transmettre aux différents conseils concernés. Le consistoire du Prince-évêque consulte les différents supérieurs d'Ordres mendiants ou de congrégations présentes dans le diocèse. Sont favorables à une installation des Trinitaires à l'intérieur ou à l'extérieur de la capitale: les supérieurs des Ordres mendiants 60, des Capucins 61, des Jésuites 62, des Carmes déchaux 63, des Barnabites 64, des Dominicains 65.  Mais le Sénat de la ville demande unanimement au Conseil de Basse-Autriche de débouter les Trinitaires. Cet avis est argumenté comme suit: la ville est encore meurtrie par les destructions provoquées par le siège ottoman de 1683 et de nombreux citoyens n'ont pas encore retrouvé un toit convenable. La population de réguliers est trop importante et tout particulièrement les ordres mendiants. De plus, l'avantage pastoral de l'installation des Trinitaires à Vienne est minime car ils ne parlent pas l'allemand. Leur seul apport serait de travailler dans le rachat des captifs et pour cela une ville de Hongrie serait plus profitable 66.

   C'est au cours de ces démarches, que la ville élève en action de grâce sur la place du Graben une colonne commémorative à la Trinité pour la fin de l'épidémie de peste de 1679, qui ravagea de nombreux quartiers. Il serait profitable de pouvoir étudier ses inscriptions qui met sous la protection de Dieu-Trinité l'Empire des Habsbourg. Malheureusement le cadre de notre étude ne nous permette pas de nous y étendre. Toutefois, il est à signaler que les Trinitaires y voient un signe favorable pour poursuivre leurs tractations malgré les difficultés 67.

   C'est grâce à l'influence des comtes von Harrach, des cardinaux von Kollonitsch et Buonvisio ainsi que du Prince-Evêque de Vienne, Étienne von Trautson, que le 19 novembre 1688 sera publié le décret impérial autorisant les Trinitaires à s'installer dans les faubourgs de la capitale 68. Il accorde aux religieux de construire un monastère avec une église en annexe. Dans cette maison ne pourront y vivre comme étrangers que des religieux espagnols. Au lendemain de la publication du décret, les religieux furent reçus par l'empereur pour le remercier et l'empereur répondit en espagnol: Consumo afecto admitimos la Religion de vuestras Reverencias en nuestros dominios, por la especial devoción que tengo a la Santissima Trinidad y el deseo de socorrer a los pobres cautivos christianos y recivo de bajo de mi protección a tan Santa Religion... 69.

2.2.2.  La Maison de Vienne

   Jusqu'à la publication du décret de novembre 1688, les religieux louaient une maison située dans le quartier des Serruriers non loin de la résidence des Jésuites 70.  Il faut maintenant partir à la recherche d'une résidence plus vaste et définitive dans les faubourgs de la ville. Jean de Saint Augustin et Maure de la Conception décident de faire appel à des fonds provenant d'Espagne et écrivent au Ministre général pour lui demander la nomination d'un président. Plusieurs offres leur sont faites: un endroit proche de la paroisse Saint Ulrich dans le quartier dénommé plus tard "Joséphine", l'église Sainte Marguerite proche des paluds, et enfin un lieu appelé Hernals 71. Mais l'handicap de la langue pour la cure pastorale et les obligations paroissiales qui ne correspondent pas à la vocation trinitaire poussent les religieux à refuser ces propositions.

   En attendant de trouver une résidence définitive, Jean de Saint Augustin et Maure de la Conception acceptent l'offre du cardinal von Kollonitsch. Rodolphe Charles Katius avait légué au cardinal une petite propriété pour en faire une oeuvre pieuse. On propose donc à l'administrateur de la remettre en intérim aux Trinitaires. Elle portera le nom commun de Domus Pauperum . Grâce à l'intervention de la comtesse Jeanne von Harrach, Marie Élisabeth Kochin de Adlersburg cède son terrain situé dans la ruelle surnommée Alsergasse devant la Porte des Écossais (Schottentor) pour un prix considéré comme juste et modéré. Le cardinal von Kollonitsch et les nobles dames de l'Ordre de la Croix Étoilée (Sternkreuz) tentent de réunir la somme demandée qui sera remise le 1 avril 1689 par l'impératrice Éléonore.

   Après quelques travaux, le cardinal von Kollonitsch y célèbre la messe et le prince-évêque y installe le Saint-Sacrement. Ce jour du 30 avril 1689 sera retenu comme la date de fondation de la première maison de l'Ordre dans les États héréditaires 72. On la désignera traditionnellement sous le titre de Mater Nostra. Un premier groupe de religieux provenant d'Espagne et de San Carlino arrive dans la capitale le 18 juin 73. Parmi eux se trouve Joseph de la Mère de Dieu nommé président par le Chapitre général célébré à Alcala de Henares 74. Dès lors, les Trinitaires travaillent pour embellir leur église et construisent un clocher 75. Et le 21 août 1689, Étienne von Trautson y célébrera la messe et le cardinal von Kollonitsch y installera le Saint-Sacrement. C'est au cours de cette célébration que des fonds seront réunis pour permettre l'agrandissement du couvent. La dispense de taxe leur est accordée par décret impérial du 19 octobre 76.  Ce n'est qu'au 24 mai 1690 que sera posée la première pierre 77 du nouveau bâtiment qui comptera une quarantaine de cellules. La première phase des travaux s'achèvera en 1692 et le 8 février, fête de saint Jean de Matha, les religieux prendront possession de la maison. En réalité des travaux seront nécessaires jusqu'en 1694. Une fois la construction et l'aménagement du couvent achevés, le projet d'agrandir l'église peut se concrétiser. Les Trinitaires décident de lancer une quête à travers les maisons d'Espagne pour pouvoir subvenir aux frais d'une telle oeuvre. L'empereur lui-même écrira une lettre au roi Charles II pour lui demander de l'autoriser dans tout le royaume 78 et c'est Maure de la Conception qui est chargé de cette mission délicate de récupérer des fonds. Et le 18 avril 1695, l'empereur Léopold pose la première pierre du nouveau temple devant la Cour 79 entière. Le 28 décembre 1698 80, le prince-évêque de Vienne y installe le Saint-Sacrement tandis que l'église ne sera totalement complétée qu'en 1702 81. L'hospice de Vienne sera canoniquement érigé en maison régulière de l'Ordre lors du Chapitre général célébré à Tolède, le 30 avril 1695, qui nommera le premier "ministre" de cette maison en la personne de Joseph des Anges qui remplira en même temps la charge de Commissaire général pour l'Empire et la Hongrie 82.

   En 1705, la maison des Weißspanier 83 décide de se constituer une bibliothèque, qui en trente ans atteindra plus 7.000 volumes (Pères de l'Église, Théologie, Saintes Écritures, Droit, Commentaires, Philosophie, Ascétisme et Histoire). En 1710, la communauté compte plus de cinquante religieux rendant ainsi obligatoire des travaux d'agrandissement du dortoir et de la salle du chapitre. Mais durant les années 1712 et 1713, la peste sévit dans tout l'Empire et n'épargne ni la capitale ni la communauté trinitaire.

2.2.3.  Une fondation manquée: celle de Sarospatak

   Dès 1692, après avoir pu établir correctement une maison dans la capitale impériale, les religieux désirent mettre en branle le projet d'expansion dans le Royaume de Hongrie qui se libère peu à peu de l'occupation ottomane. Joseph des Anges, commissaire général de l'Ordre, et Maure de la Conception se rendent à Bratislava, alors capitale royale, pour prendre contact avec l'archevêque d'Esztergom, Primat de Hongrie, Georges Széchényi 84, qui avait déjà introduit de nombreuses communautés religieuses en Hongrie. Pourvus de lettres de recommandations du cardinal Léopold von Kollonitsch, évêque de Raab, les religieux tentent de lui montrer les grands besoins du pays. Il serait plus qu'avantageux d'avoir de bons religieux pour la conversion du peuple, la lutte contre l'hérésie protestante et pour le bien spirituel et corporel des chrétiens hongrois subissant le joug ottoman. De passage à Vienne, l'archevêque n'entend que des éloges et confirme à deux Trinitaires, Jean de la Croix et Michel de l'Assomption son désir d'introduire l'Ordre en Hongrie 85. Mais il faudra encore patienter.

   La première fondation en Hongrie est due au comte François II Rakoczi. Celui-ci vivement frappé par l'oeuvre de rédemption réalisée par les Trinitaires se propose de les installer sur ses terres. Il leur offre donc une maison dans la petite ville de Sárospatak. Le 30 mars 1693, Joseph de la Mère de Dieu et Adalbert de Saint André chargés d'entreprendre les tractations, quittent Vienne pour cette bourgade 86. Mais ce n'est qu'au début de l'année 1694 qu'un accord est trouvé et le comte François II ainsi que sa soeur Juliana Barbara donnent à l'Ordre une maison, donation qui devra faire l'objet d'une confirmation royale 87. La raison de cette fondation est explicitée dans une lettre où les bienfaiteurs expriment leur désir de réagir face au développement du protestantisme et aux misères produites par la guerre à travers le pays. Mais avant que les Trinitaires ne reçoivent la confirmation royale, François II Rakoczi se proclame prince de Siebenbürgen et de Hongrie et prend la tête du soulèvement hongrois contre les Habsbourg 88. Il luttera durant plusieurs années contre la domination autrichienne jusqu'à sa déroute à Trents (1708). N'ayant aucune confirmation royale, les Trinitaires abandonnent la maison de Sarospatak et ils ne s'y établiront qu'en 1728, date officielle de cette fondation 89.

2.2.4.  La maison d'Illava 90

   Comme nous venons de le voir, le Primat de Hongrie est conquis par les Trinitaires et décide de les introduire dans le royaume. Encouragé par l'empereur 91 lui-même, il offre aux religieux une propriété située à l'extérieur de l'enceinte de la ville d'Illava au bord du Vàh. Elle a été achetée au comte Sigismond Christophe Breüner pour un montant de 80.000 florins rhénans 92. Le 20 février 1694, l'archevêque Georges Széchényi publie solennellement le diplôme de fondation de la maison trinitaire d'Illava. Il y donne la motivation qui le pousse à cette fondation: le rachat des chrétiens captifs des mains des ennemis du Nom et qui subissent la faim et la misère. Ces captifs chrétiens il les estime à 100.000 personnes. C'est pourquoi les Trinitaires sont tenus, par ce document, à consacrer un tiers de leur revenu pour les rédemptions. De même, ils devront demander la confirmation de l'empereur 93. Cette dernière clause sera remplie dès le 22 mars 1695 avec le décret impérial confirmant l'érection de la maison94. Dès lors, le premier groupe de religieux provenant de Vienne et de Sarospatak sous la direction de Joseph du Saint-Sacrement prend possession de la maison et le 30 mai 1695, fête de la Trinité y est célébrée la première eucharistie 95. Un incendie provoqué 96, semble-t-il, par les protestants nombreux en cette ville, poussèrent les religieux à accepter l'hospitalité du comte von Breüner et à transformer une aile de sa résidence en monastère 97. Après avoir reçu licence de l'évêque de Nitra, le président de la maison y installe le Saint-Sacrement le 7 novembre 1695 98.

   Lors de la visite du Commissaire général pour l'Empire, Joseph de la Mère de Dieu, en avril 1697, le président de la maison d'Illava le persuade de quitter la maison actuelle inadéquate pour la vie régulière. De plus, située hors de l'enceinte, elle serait exposée aux vicissitudes de la guerre civile. On propose donc le transfert du collège de philosophie à Bratislava 99 et le reste de la communauté tentera de trouver un lieu plus adéquat au style de vie trinitaire à l'intérieur des murs. Ainsi naît le projet d'une nouvelle fondation en Hongrie: celle de Bratislava que nous présenterons un peu plus loin. Mais la difficulté majeure du moment est de trouver un lieu pour construire un monastère à l'intérieur de la ville. C'est le comte von Breüner qui résoudra cette difficulté en offrant aux religieux un jardin et les restes d'une forteresse ayant appartenu à l'Ordre du Temple 100.  L'accord est conclu le 30 mai 1697101 et confirmé par l'empereur Léopold deux ans plus tard 102. En juin 1697, les premiers travaux de transformation des ruines de la forteresse en monastère commencent mais en juillet la guerre civile frappe Illava et interrompt les travaux. Les religieux sont forcés de trouver refuge dans la citadelle 103.

   Une fois la paix retrouvée dans la région grâce à l'intervention des troupes impériales, Joseph de Jésus et Marie reprend la direction des travaux de la maison. Son but est d'offrir des cellules convenables pour que les jeunes religieux provenant du noviciat de Vienne puissent étudier dans la sérénité. Ce n'est qu'au 1 janvier 1699 que sera inaugurée la nouvelle maison. Jean Frideczky, recteur de Rayk et chanoine de la cathédrale de Nitra, préside à la translation du Saint-Sacrement dans le nouvel oratoire 104. Quelques mois plus tard, après avoir obtenu la confirmation impériale, les Trinitaires commencent à bâtir la nouvelle église conventuelle. La première pierre est posée le 23 juillet 1701 105. Mais la reprise des conflits entre les seigneurs hongrois et l'empereur dans cette région de la Hongrie supérieure arrêtera net les travaux. Il faudra attendre la paix définitive signée en 1711 entre l'empereur Joseph Ier et les magnats hongrois pour pouvoir continuer et achever l'entreprise. De plus, Christophe de Saint François doit reconstruire une bonne partie du bâtiment conventuel qui a souffert de l'occupation militaire des lieux et d'un incendie 106. Les travaux de la construction de l'église et du couvent seront achevés en 1718, et le 20 novembre, fête de saint Félix de Valois, co-fondateur de l'Ordre, on transféra solennellement le Saint-Sacrement dans la nouvelle église dédiée à la Sainte Trinité.

2.2.5.  La maison à Presbourg 107

   Les Trinitaires considéraient leur résidence d'Illava comme inadéquate pour le collège de philosophie et ainsi le désir de fonder dans la capitale royale était apparu. Soutenus par les magistrats et des nobles de Bratislava, ils font leur demande au nouvel archevêque d'Esztergom, le cardinal Léopold von Kollonitsch. Celui-ci refuse car il voudrait voir les religieux reprendre le pèlerinage de Skalitz à la frontière avec la Moravie. Mais la pression des religieux, des magistrats et des nobles finira par faire incliner le cardinal. Détenteur d'une hypothèque sur une auberge située à la porte Saint Michel pour une somme de 4000 florins sur une durée de quatre années, il accepte de la confier temporairement aux religieux. Une fois le projet accepté, le commissaire général envoie un premier groupe sous la direction de Michel de l'Assomption. Ils devront loger jusqu'en septembre chez Gabriel Palugyay, magistrat de la ville en attendant la fin du bail accordé aux anciens locataires 108. Dès la prise de possession de la maison, des travaux sont rapidement effectués pour permettre de recevoir les étudiants de philosophie provenant de la maison d'Illava 109. En contrepartie, Illava est prêt à verser 1000 florins annuels et celle de Presbourg, en signe de remerciement offrira à la Saint-Georges un panier de poissons 110. La maison d'Illava sera donc appelée maison-mère de celle de Presbourg. Illava respectera cet engagement jusqu'à ce qu'elle soit frappée par les désastres de la guerre civile. Après avoir obtenu la licence de l'archevêque, Michel de l'Assomption demande à Georges Gersnericz abbé de Jakens de présider la première messe le 5 novembre 1697, fête de saint Emmerich, fils du roi saint Étienne 111. Les étudiants arriveront à Presbourg le 19 novembre et ainsi la communauté sera formée de dix-sept religieux: cinq prêtres, neuf clercs et trois convers 112. Et c'est le 20 novembre, fête de saint Félix de Valois, co-fondateur de l'Ordre, que sera définitivement installé le Saint-Sacrement.

   François de la Mère de Dieu ne voyant toujours pas arriver une quelconque reconnaissance écrite, entame en 1699 des démarches en vue d'obtenir du cardinal un diplôme de fondation. Mais celui-ci, mal disposé, l'invite à quitter Presbourg pour le monastère de Skalitz et l'assure qu'il ne renouvellera pas le bail à son échéance. Le seul moyen d'obtenir une licence d'érection sera donc de quitter la capitale et de rejoindre le monastère de Skalitz. Cette fois-ci, aucune personne ne prendra la défense des religieux. Pourquoi? Difficile à dire. Certains affirmeront que le cardinal avait une réputation d'homme ombrageux et ne supportait pas une quelconque résistance. Pourquoi cette décision épiscopale? Aucune réponse n'est donnée. François de la Mère de Dieu affirmera plus tard que l'ordre du cardinal n'était pas argumenté. Il fallait s'y plier.

   De passage à Presbourg pour y présider les célébrations de la Semaine Sainte, les religieux tentent donc une nouvelle fois de rencontrer le cardinal. Celui-ci leur promet de revoir sa position. Et ainsi, de retour à Vienne, il fait venir François de la Mère de Dieu et octroya le 30 juin 1699 le diplôme de fondation de la maison de Presbourg leur faisant don des 4000 florins ainsi que tous les droits, privilèges et exemptions spirituels comme temporels 113. Par un autre document octroyé le même jour par le cardinal von Kollonitsch, nous voyons que des opposants s'étaient élevés face à la prérogative de l'Ordre pour récolter des fonds. Ils ne reconnaissaient pas la qualité de mendiants aux Trinitaires. Ainsi François de la Mère de Dieu dût prouver au cardinal par le bullaire justement cette qualité de mendiants et les menaces de graves censures ecclésiastiques contre ceux qui s'opposeraient à la récolte des fonds pour le rachat des captifs. Ainsi donc, en s'opposant justement à cette récolte de fonds, on pouvait mettre en danger et l'expansion de l'Ordre à travers le royaume de Hongrie et l'oeuvre apostolique de rachat des captifs114. Ainsi donc par sa lettre du 30 juin, le cardinal-primat donna l'autorisation aux Trinitaires de quêter sur tout le domaine du Royaume apostolique et ils ne devaient en aucune façon être molestés. Il recommande aux fidèles de pourvoir généreusement à ces récoltes de fonds qui ont une sainte destination 115. Après la publication de ces deux documents du 30 juin 1699, toute opposition se tue.

   Une demande est adressée à l'empereur pour qu'il octroie la confirmation royale de la fondation et accepte sous sa protection la maison et les religieux. Cette requête soutenue par le cardinal Kollonitsch trouve son issue par le décret impérial du 23 septembre 1700 confirmant la donation faite par le Primat de Hongrie116. Dès lors les Trinitaires acquièrent trois propriétés situées à la porte Saint-Michel et y déménagent le 20 novembre, fête de Saint Félix de Valois. Ce déménagement se fit sans grande publicité ni pompe et ce n'est qu'à la solennité de la Présentation de la Vierge, que la première grand-messe y sera célébrée par l'évêque-doyen du chapitre de Presbourg le comte Jean Baptiste Otto von Volckra117.

   Au début de l'année 1709, des opposants accusent les Trinitaires d'avoir pris sans autorisation le lieu où ils sont et pensent qu'ils étaient donc à chasser du lieu. Les Trinitaires font alors appel à l'empereur Joseph pour lui demander sa protection. Celui-ci répond à leur appel et demande au cardinal de Saxe d'entendre les griefs portés contre les Trinitaires tout en favorisant le maintien des religieux sur le site118. Le 23 février, le comte Louis Sinzendorf présente la lettre au cardinal et prend la défense des Trinitaires et de leurs possessions. Le 9 mars, les partis sont convoqués à la Curie. La sentence sera le maintien des religieux sur le site occupé légitimement répondant ainsi à la volonté expresse de l'empereur. De plus, après l'épidémie de peste qui désole toute la Hongrie et frappera jusqu'à Vienne, l'Ordre dépose une requête à la Diète de Presbourg pour obtenir l'indigénat. Celui-ci leur est octroyé lors de la session du 8 novembre 1714119 et ratifié par l'empereur le 10 juin 1715120.

   Les Trinitaires et leurs amis caressaient depuis longtemps le projet d'agrandir et de refaire complètement la petite église qui ne convenait plus à l'affluence des fidèles. Mais le projet était difficilement réalisable car l'église n'était séparée du cimetière protestant que par une ruelle. C'est là qu'autrefois s'élevait l'imposante église saint Michel détruite en 1526 et démantelée pierre par pierre après le désastre de Mohacs. L'emplacement était donc vacant. Devant les difficultés rencontrées pour cette construction, l'évêque de Veszprem et le comte Gabriel Antoine Erdödy firent appel au cardinal-primat Christian Auguste de Saxe, aux évêques de Hongrie et aux dignitaires de la Diète. Lors de la réception offert par le comte Erdödy à l'occasion de l'anniversaire du roi121, l'évêque de Veszprem et le ministre de la maison s'approchèrent du Primat pour lui demander son appui dans l'affaire du cimetière faisant valoir que les notables présents accordaient le leur, de telle sorte que le cardinal ne put faire autrement que d'accepter d'user de toute son influence à Presbourg et à Vienne pour mener à bien cette affaire.

   Après avoir gagné le cardinal à cette cause, on commença sans attendre les négociations avec la municipalité de Presbourg mais des difficultés inattendues surgirent. En effet, la moitié du Sénat était composée de magistrats protestants qui s'imaginaient porter préjudice à leurs coreligionnaires en vendant le cimetière et donc ne donnèrent pas leur accord jusqu'à ce qu'ils furent convaincus par leurs collègues de le faire. Le contrat de vente particulièrement favorable aux Trinitaires fut envoyé à Vienne pour confirmation122. Le document fut examiné par Ladislaus Adam Erdödy évêque de Nitra qui s'aperçut que la municipalité de Presbourg n'avait aucune compétence pour procéder à la vente du cimetière. Il exigea donc l'annulation du contrat de vente devant la Chambre royale de Presbourg et promit le cimetière aux Trinitaires au cas où les protestants ne parviennent pas à établir leurs droits sur celui-ci. Devant l'incapacité des protestants de fonder leur droit de propriété, la Chambre royale accorda le cimetière aux Trinitaires123. Le 2 septembre 1716, le ministre en reçut les clés au cours d'une cérémonie officielle124.

   Il reste toutefois un autre obstacle pour la réalisation du projet. Une section de la Windgasse séparait le couvent du cimetière et empêcherait ainsi une construction harmonieuse reliant l'église et le couvent. A la demande expresse du président de la Chambre royale, le Sénat de Presbourg cède gracieusement la partie de la ruelle concernée. Une fois le terrain acquis, les plans furent minutieusement étudiés et soumis au prince Eugène de Savoie, qui contribuera à ce que l'église de la Trinité soit une des plus belles réussites architecturales parmi les églises de Presbourg125. Une fois décidée la conception intérieure et extérieure de l'église, on procéda à l'exhumation des corps du cimetière et on creusa les fondations de la future église. On tomba sur les fondations de l'ancienne église Saint Michel si solides qu'on les utilisa comme soubassements. Les travaux furent si bien menés que la première pierre put être posée le 12 juin 1717 par l'évêque de Nitra le comte Ladislaus Adam Erdödy126.  L'église sera achevée huit ans plus tard et le 7 juillet 1725 y fut transféré le Saint Sacrement127. Comme la maison menaçait ruine, la communauté décida de construire un nouveau couvent dont l'oeuvre est dû à la générosité du comte Nicolas Palfy qui posera la première pierre du nouveau couvent le 29 juin 1721128.

2.2.6.  La maison de Prague

   Invité par une de ses pénitentes, Éléonore de Mansfeld, Jean de la Croix se rend en septembre 1703 en Bohème chez le comte Charles de Mansfeld 129. Il y rencontre François Crocin administrateur de l'Ordre des Croisiers à l'Étoile rouge. Ce dernier cherche à le convaincre d'installer une communauté en Bohème et l'invite à se joindre à lui pour visiter Prague. En janvier 1704, Jean de la Croix parcourt la cité pour y trouver un lieu adéquat pour une fondation. Sur proposition de Jean Beczkovium, il s'intéresse au site de Saint-Lazare dépendant directement des magistrats du Nouveau-Prague 130. Le 18 janvier 1704, il adresse une requête au Sénat lui demandant de se prononcer sur une éventuelle installation trinitaire à Saint-Lazare. Grâce à l'intervention d'un des consuls, Matthieu Wenceslas Lhotak de Lotha, un parent de François Crocin, les magistrats approuvent le projet mais oralement. Ce qui oblige Jean de la Croix à demander une confirmation écrite le 22 janvier. Le Sénat expédie donc une lettre exprimant un avis favorable en vue d'une fondation trinitaire à Saint-Lazare mais exigent l'accord préalable de l'empereur 131.

   Avant de poursuivre les tractations, Jean de la Croix informe de la situation le Commissaire général qui lui envoie les pleins pouvoirs et se charge d'obtenir l'accord impérial 132. Le 21 février, l'empereur autorise la fondation d'un monastère et d'une église dans le quartier Saint-Lazare du Nouveau Prague 133. A la réception du décret, le gouverneur prie l'archevêque Jean Joseph von Breüner d'entamer la procédure canonique répondant ainsi à la volonté expresse de l'empereur 134. L'Ordre présente une demande officielle selon les normes canoniques et l'archevêque et le consistoire y réagissent aussitôt. Ils cherchent d'abord à entendre l'avis des supérieurs des ordres mendiants présents dans la ville. La question pouvait se résumer ainsi: "En cette période de guerre, les communautés d'Ordres mendiants déjà installées à Prague souffriraient-elles d'une possible implantation des Trinitaires qui vivent eux-aussi de l'aumône?" 135. La situation est certes difficile et les aumônes diminueront mais pour la cause des nombreux captifs tchèques, ils se déclarent favorables, à la condition que les Trinitaires ne fondent pas de monastère mais un hospice et que des fonds soient trouvés pour leur maintien 136. Le 2 septembre devant le retard pris dans les tractations, l'empereur intervient pour que son lieutenant accélère les démarches et l'informe des suites137. Le gouverneur, par une lettre, intime au Sénat du Nouveau-Prague à se déterminer par rapport à la demande trinitaire 138. Ce n'est que le 13 novembre que le Sénat met à l'ordre du jour la discussion du projet et se prononcera par un refus contrairement aux décisions des 18 et 22 janvier. En réalité, semble-t-il, ils espèrent pouvoir tirer un certain bénéfice en vendant ce lieu qui pourra aisément être transformé en résidence ou en commerce 139. Le gouverneur en informe immédiatement l'empereur par un rapport présentant la prise de position favorable de la part du Consistoire et le refus inconditionnel des autorités civiles. Celui-ci propose donc de fournir à la future fondation une certaine rente et d'envisager un autre lieu pour fonder dans la ville et non plus à Saint-Lazare 140. L'empereur exige par décret daté de mars la remise du lieu dénommé Saint-Lazare aux religieux trinitaires. Ceux-ci devront en prendre possession avant le 10 décembre pour y établir un hospice et après la guerre un couvent 141.  Mais l'ordre impérial reste lettre morte.

   De nouvelles solutions pointent à l'horizon. Les religieuses gardes-malades de Sainte Élisabeth les invitent à prendre la cure d'un oratoire dédié à Notre Dame des Douleurs et la maison habitée par le desservant trop âgé142 Jean de la Croix se rend auprès de l'archevêque pour le sonder et voir s'il est prêt à céder l'oratoire et la maison à l'Ordre en propriété. Ce dernier ne voit aucun obstacle mais demande que l'Ordre s'y établisse pour l'instant comme locataire sans payer de loyer. Le 24 août, une nouvelle offre émane du Général de l'Ordre de la Croix à l'Étoile rouge. Il propose aux Trinitaires l'hôpital situé à proximité du pont 143 avec ses bénéfices et rentes. Une fois l'accord de l'archevêque obtenu, les Trinitaires en prennent possession et la première messe y est célébrée144. Il reste maintenant à régler la question d'un lieu pour la construction d'une église et d'un couvent. En 1707, deux maisons leur sont proposées, celle de Lobkowitz et celle de Kutscheriana. La veuve Lobkowitz était disposée à vendre la maison pour un prix raisonnable. L'archevêque intervint auprès du baron de Putz au sujet du projet d'édification de l'église et des démarches sont entreprises auprès de la Cour de Vienne pour qu'elle soutienne le projet. L'empereur Joseph Ier accepte de patronner l'installation par le décret du 23 décembre. Ce document permet aux Trinitaires d'acheter la maison Lobkowitz pour une somme de 10.000 florins afin de la transformer en couvent. De plus on concédera aux religieux pour un prix raisonnable la maison Kutscheriana. Il ordonne de même que son gouverneur aide les religieux à prendre possession de ces biens 145. L'achat de la maison Kutschiana est réalisé complètement le 12 avril 1708. Des bienfaiteurs 146 interviennent pour réunir la somme de 10.000 florins pour l'achat de la maison Lobkowitz et le 13 juin le contrat de vente est signé et la somme réglée 147. Mais le 16 juin, Jean de la Croix meurt à l'âge de 48 ans 148.

   Le successeur, Conrad institué président, arrive à Prague en juillet. Il prend contact avec Jean Ignace baron Putz qui se propose de payer la construction et l'embellissement de la nouvelle église. Et le 17 août un accord intervient entre le baron, le Commissaire général et Conrad. Une requête est aussi déposée à l'archevêché pour qu'il autorise le déplacement de la communauté de l'hôpital à la maison Lobkowitz 149. L'installation est autorisée par décret du 22 août signé par Daniel Joseph Maier, vicaire général et official de Prague. Il autorise aussi le transfert du Saint-Sacrement dans un lieu qui servira d'oratoire ouvert aux fidèles 150.  Le 25, les religieux prennent officiellement possession de la maison et le lendemain y est célébrée la première messe par le Commissaire général 151. Quelques jours plus tard, le 3 septembre, le président pose la première pierre de la nouvelle église 152.  L'église sera achevée en 1712 grâce au soutien logistique et financier du baron Putz 153. Ce dernier portera le nom de fondateur et son nom sera inscrit avec celui de son épouse sur la façade de l'édifice 154. Le montant de la construction a été estimé à 35.000 florins rhénans 155. En la fête de la Trinité, 11 juin 1713, le vicaire général consacrera le nouveau Temple 156.

   A Prague, se trouve justement un célèbre pont appelé pont saint Charles où fut martyrisé saint Jean Népomucène. Il est orné de 28 statues dont la représentation de la Trinité avec les deux fondateurs de l'Ordre Jean de Matha et Félix de Valois ainsi que l'anachorète Ivan 157. Ce groupe sculpté par Ferdinand Brokoff a été érigé à la commande du comte Jean François Joseph de Thun. La dédicace a été faite le 24 juin 1714 158.

2.2.7.  La maison de Trnava

    Trnava est une ville universitaire à taille humaine. Les Clarisses, les Jésuites, les Franciscains et les Barnabites y avaient déjà des maisons et des collèges. L'Ordre trinitaire cherchait lui-aussi un lieu pour y établir un Collège. Ainsi dès 1703, des démarches sont entreprises par Martin de l'Ascension auprès du Primat Léopold von Kollonitsch159. Elles visent à la donation de l'église de la Sainte Trinité sise rue Saint-Jacques. Mais le cardinal exige l'accord préalable des magistrats. La guerre civile rendra pour le moment impossible la réalisation du projet160.

   La paix une fois retrouvée, l'Ordre entame les pourparlers. Soutenu par le nouveau Primat de Hongrie, le cardinal Christian Auguste de Saxe, et par le Chapitre d'Esztergom 161, qui interviennent en leur faveur auprès des Magistrats, des premiers contacts entre l'Ordre et le Sénat sont officiellement amorcés dès janvier 1712 162. Emmanuel de Sainte Marie nommé procureur avec les plein-pouvoirs commence par rencontrer le Primat à l'abbaye de Thall. On y parle de la fondation de Komarno et du projet de Trnava. D'un commun accord, on se décide de demander le soutien impérial. Ce qui est fait par un rescrit du Chancelier de royaume de Hongrie, le comte Nicolas Illéshàzy, qui promeut cette fondation 163.

   Emmanuel de Sainte Marie devra faire face à de farouches contradicteurs. Gabriel Antoine Erdödy, préposé à la Primatiale, interviendra personnellement en faveur de l'Ordre en soulignant l'estime dont jouit les Trinitaires auprès des autorités civiles, militaires et religieuses et tout particulièrement auprès de la Chancellerie de Hongrie 164. Mais les calomnies persistent sur la richesse et l'opulence de l'Ordre. L'accusation majeure lancée contre l'Ordre est de vouloir obtenir du Sénat les deux maisons gracieusement malgré une aisance financière de l'Institut. Pour donner crédit à leur argument, les adversaires dénoncent la richesse des églises construites par les Trinitaires. La défense d'Emmanuel de Sainte Marie se basera surtout sur la présentation du devoir qu'ont les religieux de séparer la tertia pars 165 et du mode de vie simple et frugal des religieux. Certes, l'Ordre possède de magnifiques églises mais la magnificence de ces lieux ne concerne en rien la question de la pauvreté religieuse individuelle et communautaire166.

   Ainsi malgré la propagande des adversaires, le Sénat examine lors de sa session publique du 31 mars 1712 la requête trinitaire. Devant les recommandations du roi et des autorités religieuses, les magistrats se prononcent en faveur de l'installation par un édit 167. Ils octroient à l'Ordre les deux maisons et une église. Les religieux devront se pourvoir de l'autorisation impériale et celle de l'archevêque métropolitain. Profitant de la venue de Ferdinand de la Sainte Trinité 168, Emmanuel de Sainte Marie se rend à Vienne pour présenter au Commissaire général le rescrit du Sénat et se rend à Presbourg pour entamer des démarches en vue de l'approbation canonique. Ferdinand de la Sainte Trinité arrive à Trnava le 23 mars 1712 169.

   En avril, le vicaire général d'Esztergom, Ladislaus Piber se rend à Trnava et consent à ce que l'église de la Trinité soit administrée par les Trinitaires jusqu'à la décision finale du cardinal-primat. Ainsi, Ferdinand prend le 5 mai l'administration de l'église à sa charge 170. Ce qui va provoquer une réaction immédiate de la part des opposants. Une lettre de réclamation est envoyée au cardinal demandant si les religieux trinitaires pouvaient oui ou non administrer l'église de la Trinité et si le cardinal accordait la licence pour l'établissement d'un monastère sur le site offert par le Sénat 171. Le 12 juin, Christian Auguste de Saxe publia un décret octroyant à l'Ordre l'administration perpétuelle de l'église de la Sainte-Trinité de la rue Saint-Jacques et donne licence pour transformer les deux maisons offertes par le Sénat en un monastère et en lui accordant tous les privilèges et exemptions temporels et spirituels 172. Après quelques travaux sommaires, les maisons sont officiellement cédées à l'Ordre le 1er août. Le 17, en présence des légats du cardinal, les chanoines Jean Okolicsányi et François Ladislaus Mednyánszky et des deux représentants du Sénat François Piber et Jean Erdödy qui remettent les clés de la maison et de l'église les Trinitaires prennent officiellement possession des lieux 173.

   Le comte Adam von Kollonitsch désire offrir à l'Ordre un terrain et une maison qu'il avait lui-même achetée au comte Zichy. Cette propriété devrait servir à construire un monastère et une église 174. Mais l'Ordre craint une levée de protestations de la part des opposants et retarde la donation en espérant une pacification des esprits. Mais un décret impérial en date du 16 juillet 1718 confirme l'accord intervenu exigeant la mise en bonne et due forme de la donation. Pour la construction de l'église, les religieux sont fortement conviés à composer avec les Magistrats et ces derniers devront faire preuve de bienveillance envers le projet trinitaire 175. La publication du décret met le feu au poudre. Les magistrats réagissent vivement. Quelle réaction ? Difficile à le dire. Nous savons seulement que la Chancellerie aulique de Hongrie sera obligée de provoquer une rencontre entre les trois intéressés. Qu'en est-il ? La Chancellerie Aulique de Hongrie expédie un rescrit au Sénat de Trnava en date de Vienne du 3 février 1719. Elle demande la comparution avant le 27 février de deux députés avec pleins-pouvoirs du Sénat pour présenter les arguments contre l'établissement des Trinitaires ou pour convenir d'un accord entre le comte Kollonitsch et les Trinitaires au sujet de la maison de Zichy 176. Le 15 février de la même année un accord fut trouvé et confirmé par la Chancellerie 177. Les Trinitaires prendront possession officiellement de la maison le 15 juillet 1719 et le comte Kollonitsch prendra sous son patronage et protection les religieux, ladite maison 178 ainsi que les frais éventuels qui ne seront pas sur le dos de la commune. Des plans d'architecture sont présentés pour le nouveau couvent. Le 20 juin 1720, Jean Okolicsányi chanoine d'Esztergom pose la première pierre 179. Deux ans plus tard, l'édifice est achevé et pourra compter jusqu'à treize religieux 180. La communauté y emménage le 14 juin et l'église est dédicacée le 10 juin 1722 par André Kürtösy. En 1727, l'église devra être agrandie et on décide la construction d'une nouvelle église. L'archevêque d'Esztergom Emmerich Esterházy délègue Jean Okolicsányi 181 pour présider à la pose de la première pierre de l'église prévue le 27 juillet 1727.

2.2.8.  La maison de Komarno (Komarom)

   A l'occasion de l'institution de notre confrérie à Vienne (1704), Ladislaus Matyássovski évêque de Nitra s'intéressa de plus près à notre Ordre et projeta de fonder un couvent trinitaire dans son diocèse dès la paix rétablie. Il se rendit fréquemment dans la maison de Vienne pour des entretiens spirituels et demanda aux religieux s'ils étaient prêts à se rendre en Hongrie malgré la guerre civile. Après quelques semaines de tractations, l'évêque de Nitra quitta Vienne promettant aux religieux la somme de 20.000 florins rhénans pour établir une maison à Buda ou dans une ville de Hongrie 182.

   Ce n'est qu'en 1712, une fois la paix revenue, que les Trinitaires cherchent à réaliser le projet de feu Ladislaus Matyássovski. Il fallait trouver une ville qui pourrait permettre la construction d'une église et d'un couvent et servir d'escale pour les rédempteurs et les chrétiens rachetés. Ainsi se profile le projet de fonder à Komarno, petite ville sur les rives du Danube. Ce choix semblait judicieux car elle répondait aux desiderata des religieux et ainsi l'Ordre serait en possession de trois maisons (Vienne, Presbourg et Komarno) le long du fleuve qui pourra servir de voie de communication principale pour les rédemptions. Le 6 septembre, les religieux acquièrent la vaste propriété de Marie Rosine de Mitlenberg et de son fils Charles André Brentano de Cimarolo pour la somme de 10.000 florins 183. Emmanuel de Sainte Marie chargé par Martin de l'Ascension obtient facilement le placet des magistrats à la condition de construire un couvent et une église 184 financés par le leg du fondateur. Le Commissaire général ayant accepté les conditions du Sénat 185, ce dernier lors de sa session du 24 juillet autorise l'installation d'une communauté trinitaire dans la ville 186.  Il ne reste plus maintenant qu'à présenter les plans pour obtenir du Conseil aulique de guerre le permis de construire et l'autorisation du Primat de Hongrie. Les architectes militaires déclaraient les bâtiments envisagés non nuisibles au système de défense de la cité. Ce rapport favorable portait les religieux à l'espérance mais la résistance vint de l'autorité métropolitaine. En effet, le cardinal Christian Auguste de Saxe retarde la réalisation du projet. Quelles sont ses raisons, cela nous l'ignorons. Les Trinitaires font appel à leurs connaissances pour qu'ils fléchissent le cardinal-primat en leur faveur. Ainsi interviendront successivement le cardinal-protecteur Albano 187, le Prince de Liechtenstein 188 et même l'empereur en personne 189 par cette dernière, nous apprenons que Charles VI ainsi que le Conseil aulique de guerre soutenaient la fondation de Komarno. Avec un tel patronage, le Primat se pliera à la volonté impériale 190.  Il accepte de collaborer en faveur de l'expansion de l'Ordre à travers le royaume de Hongrie car l'exemple de la discipline et l'orthodoxie des religieux trinitaires ainsi que leur apostolat auprès des chrétiens captifs méritent le soutien pour le bien de l'Église et du peuple chrétien. Ainsi le 2 août 1714, l'archevêque expédie le diplôme de fondation 191. Le lendemain, l'empereur confirme l'achat du terrain par un décret adressé au Chapitre d'Esztergom 192. Mais il faudra attendre encore plus de cinq à six mois pour que les religieux puissent prendre possession de la propriété qui se fera lors d'une célébration solennelle le 7 janvier 1715 193. Le Saint-Sacrement y sera installé le lendemain et Jean de Saint Félix sera élu premier président de cette maison. Ainsi dix ans après la mort du fondateur Ladislaus Matyássovski, la maison était érigée. En mai 1720, Martin de l'Ascension et le gouverneur militaire le comte Frédéric Adam de Veltz poseront la première pierre du nouveau monastère 194.

2.2.9.  La maison d'Alba Iulia

   Lors de son passage en Transylvanie en 1714, Joseph de Jésus-Marie intéresse les autorités civiles et religieuses de la principauté à la vie et à l'apostolat trinitaires 195. Ces dernières demanderont l'installation d'une communauté permanente sur leur territoire qui pourra ainsi participer à l'effort de rédemption en faveur de catholiques et de chrétiens d'autres rites. C'est ainsi que le comte Stéphane de Steinville gouverneur militaire de Transylvanie et, Sigismond Kornis gouverneur civil informeront le Conseil aulique de Guerre et celui de Transylvanie que la principauté aspire à la venue des Trinitaires et désignent Alba Iulia 196 comme le lieu idéal. Le Conseil aulique de Guerre au nom de l'empereur expédie un rescrit le 8 mai 1715 autorisant l'installation trinitaire dans ladite ville à condition que les bâtiments conventuels ne nuisent en rien la défense de la cité et ses fortifications 197.  Dès réception du rescrit, Stéphane de Steinville demande à Maure de la Conception de désigner un religieux chargé des tractations et lui promet son appui 198. Le commissaire général désigne Christophe de Saint François connu de Steinville au moment des travaux de restauration de la maison d'Illava 199. Accompagné de Bruno de Saint Félix, le nouveau procureur quitte Illava le 3 juillet et entre en Transylvanie le 14. Des Jésuites et des Franciscains s'opposent à l'implantation trinitaire et ébranlent ainsi la volonté du gouverneur militaire. Alors les supérieurs à Vienne font intervenir l'impératrice Éléonore qui envoie le 12 octobre 1715 une lettre d'encouragement au comte de Steinville face aux opposants et l'exhorte à patronner l'Ordre de la Sainte Trinité 200. Dès lors Steinville prend contact pour obtenir la maison inoccupée de Nicolas Betlen 201.  Le 24 novembre, la maison est proposée aux religieux et transformée en hospice tout en attendant la confirmation impériale 202. Deux mois plus tard, Stéphane Steinville informe le Conseil aulique de guerre que l'Ordre s'est établi durablement dans la maison dite de Betlen203. Lors de sa réunion du 24 mars, le Conseil aulique approuve l'arbitrage et le 3 mai, la croix bicolore est érigée sur la nouvelle maison. L'évêque de Transylvanie, Georges Mártonffi, à la demande des Trinitaires d'installer le Saint-Sacrement, accorde le 28 mai aux religieux le droit d'exposer et de conserver le Saint-Sacrement et d'ouvrir leur oratoire aux fidèles 204.  La maison est officiellement inaugurée le jour de la Trinité et Christophe nommé premier président de cette maison 205.

   L'Ordre fait appel à des fondations pour assurer la subsistance de la communauté. Ainsi, l'empereur Charles VI demande à son préfet d'intendance de Transylvanie de verser une rente annuelle de 880 florins sur la caisse du percepteur impériale de Transylvanie 206. Cette rente servira au maintien d'au moins trois religieux et au culte. Le comte Michaël Mikes conseiller impérial auprès du gouvernement de Transylvanie poussé par l'exemple impérial fonde une rente annuelle de 40 florins pour la subsistance de deux autres religieux ainsi que des dons en nature tirés de ses propriétés 207. Avant de s'attaquer à la construction de l'église, des travaux d'agrandissement seront effectués au couvent pour augmenter sa capacité d'accueil et le 4 juin 1719, jour de la Trinité, l'évêque de Transylvanie pose la première pierre de la nouvelle église 208.

2.2.10.  La maison d'Eger

   Gabriel Antoine Erdödy fils du comte Christophe Erdödy et Préposé de la Primatiale prit en affection l'Ordre à l'exemple de son père 209.  Nous l'avons déjà plusieurs fois rencontré soutenant les Trinitaires à Presbourg dans l'affaire du cimetière protestant et en vue de la fondation de la maison de Trnava. Élu évêque d'Eger en 1715, il prit possession de son siège le 6 août. Son prédécesseur, Stéphane Telekessy avait fait voeu de construire un oratoire à la Trinité pour la fin de l'épidémie de peste et le retour de la paix. Il tint parole 210 et dota l'église d'une rente annuelle de 151 florins. Le nouvel évêque cherche donc à installer les Trinitaires dans sa ville et exprime clairement son projet aux religieux à Vienne le 17 mars 1717. Il invite le Commissaire général à se rendre à Eger et à participer aux fêtes qui y seront données en l'honneur de la Trinité. Martin de l'Ascension, Emmanuel de Sainte Marie, Emmerich de Saint Alexis, Léopold de Saint Joseph et Martin de l'Assomption quittent Vienne et atteignent Eger la veille de la Trinité 211. La présence de ces religieux interrogea la population qui ne connaissait pas encore cet Ordre qui sera officiellement présenté lors de la grande prédication tenue par le chanoine Nicolas Gerhard qui présenta leur fondation, leur apostolat, leur culte, leur vie religieuse et expliqua les couleurs de la croix 212. Le lendemain les supérieurs des Servites et des Frères Mineurs ainsi que les magistrats de la cité furent convoqués par l'évêque qui les informa de son intention d'établir un couvent trinitaire à Eger. Personne ne s'y opposa. On proposa aux religieux de choisir entre une maison à l'intérieur de la ville près de l'église Saint Joseph ou en dehors auprès de l'oratoire de la Trinité 213. Leur choix tomba sur la chapelle qui permettra des agrandissements futurs et le 30 mai, ils en prennent possession. Les religieux se sont engagés à célébrer tous les mercredi et vendredi, des messes pour les défunts et un dimanche par mois un religieux viendra prêcher à la cathédrale. La rente annuelle de 151 florins octroyée au desservant par l'évêque Telekessy leur sera versée. A la demande conjuguée de l'évêque et du Commissaire général, l'empereur accorde son consentement le 5 août 1718 214.

   Gabriel Antoine Erdödy propose aux religieux de construire un couvent à proximité de l'oratoire de la Sainte Trinité et consulte le gouverneur militaire le comte Ferdinand Sinzendorf. Celui-ci soulève de nombreuses difficultés et propose de construire le bâtiment conventuel à l'intérieur des murs de la ville. On part donc à la recherche d'un site assez large pour y construire un monastère et une église. Une fois trouvé, on soumet le projet au gouverneur qui accorde son placet et les travaux commencent aussitôt. En creusant, les ouvriers découvrent un ossuaire turc qui retardera de quelques semaines la pose de la première pierre célébrée par l'évêque lui-même le 26 avril 1719 215.

2.2.11.  La maison de Belgrade      

   Avant la signature de la paix de Passarowitz 216, l'Ordre avait exprimé son désir de s'installer à Belgrade prise par les Impériaux. Martin de l'Ascension charge Joseph de Jésus-Marie d'entamer des démarches en vue de cette fondation et ce dernier accompagné d'Ildefonso de Saint Joseph se rend donc à Belgrade dans le but de trouver un lieu pour y construire un couvent. Munis de lettres d'introduction du comte Starhemberg, ils rencontrent le gouverneur militaire de la forteresse. Ce dernier accepte de les seconder dans leur tâche. Les religieux proposent alors de transformer une mosquée en église de la Sainte Trinité. Les annexes du lieu de prière pourront servir de cellules. Mais devant ce choix risquant de provoquer des tensions entre les occupants et la population musulmane, le gouverneur tergiverse. Il rappelle que son autorité ne se limite qu'à la forteresse et qu'il n'a aucun pouvoir sur la ville. Joseph de Jésus-Marie en informe donc Vienne et demande l'envoi de deux religieux supplémentaires 217.  Le conseiller de guerre Fleischmann intervient auprès du gouverneur pour que la mosquée soit remise aux religieux et qu'il assigne un lieu convenable pour construire un couvent. Le gouverneur lui rappelle que la décision ne relève que de l'empereur. Toutefois il recommande aux religieux de continuer leur recherche. Mais ces derniers persistent dans leur choix hautement symbolique de transformer une ancienne mosquée bâtie en 1574 et devant l'intervention directe des comtes Trautmannsdorf et Fleischmann fort influents auprès du Conseil aulique de Guerre, le gouverneur militaire octroie la mosquée et après quelques transformations, le messe y est célébrée pour la première fois le 27 août 1718. Dès lors, l'église a été dédicacée à la Sainte Trinité 218.

   L'Ordre ne restera pas longtemps à Belgrade. En effet, au lendemain de la quatrième guerre turque et de la signature du traité de Belgrade, la cité est rendue en 1739 aux Ottomans 219.  Les religieux quitteront la ville le 9 septembre 220 et l'église de la Sainte Trinité retrouvera sa fonction première de mosquée.

2.2.12.  La maison de Constantinople

   Le projet de fonder à Constantinople remonte à 1687 221.  Le conseiller de guerre Oetling, frappé par le zèle rédempteur des Trinitaires propose au Référendaire impérial de favoriser l'installation de ces religieux à Constantinople pour qu'ils puissent être plus proches des captifs et leur apporter ainsi la consolation de la religion. Lors d'une séance du Conseil aulique de Guerre, où participe aussi le comte Fleischmann que nous avons déjà rencontré au sujet de la maison de Belgrade, la proposition est soumise au prince Eugène de Savoie. Celui-ci se déclare favorable au projet et promet de le soutenir auprès de l'empereur en vue d'obtenir son assentiment. Il charge le comte de Virmont, ambassadeur auprès de la Porte, de commencer des tractations avec les autorités ottomanes en vue d'une installation trinitaire dans la capitale 222.

  Reçu en audience privée par le vizir en octobre 1719, l'ambassadeur lui présente des projets de traités commerciaux et le projet trinitaire. Il appuie tout particulièrement ce dernier en tentant de démontrer que les ottomans profiteront financièrement de cette installation car les religieux récupèrent de nombreuses aumônes à travers toutes les provinces de l'Empire et de Hongrie pour racheter les chrétiens captifs. Ils leur sera nécessaire de posséder un pied à terre dans la capitale turque pour mieux organiser les rédemptions et ainsi ont-ils proposer d'établir une maison à Pera. Le vizir se montre intéressé au projet et il promet de le soutenir lors de la session du Divan. L'ambassadeur adresse donc une supplique officielle au sultan lui demandant l'installation des Trinitaires à Pera ou à Galata 223. Le conseil se prononce favorablement malgré certaines résistances dues à une crainte d'éventuels troubles de voir s'installer des latins parmi des grecs. On expédie donc au nom du sultan Ahmed III deux diplômes. Le premier permet aux Trinitaires de s'installer et de posséder une résidence stable avec une église et libère les religieux de la taxe payée par les chrétiens 224.  Le second diplôme donne la possibilité aux Trinitaires de racheter des impériaux à des particuliers pour un prix raisonnable. Les captifs des guerres passées ou présentes pourraient donc être rachetés s'ils appartiennent à des particuliers et pour une somme modérée 225.

   Dès lors, Joseph de Jésus-Marie effectue un voyage de rédemption en 1720 et rachète 555 captifs. De retour à Vienne, celui-ci avec le commissaire général demande à Charles VI de bien vouloir patronner la fondation de Constantinople et de verser une rente annuelle pour le maintien de religieux dans cette ville 226.  Le 14 octobre 1721, l'empereur concède une rente de 1.000 florins en vue de subvenir aux besoins de cinq religieux 227.  Le don accordé, l'ambassadeur Dierling se charge d'obtenir un sauf-conduit du sultan pour les quatre premiers religieux: André de la Nativité, en tant que président de la nouvelle fondation, Philippe de Saint Wenceslas, Casimir de Saint Joseph et Georges de Saint Jean Népomucène. Ce que le sultan accorde le 31 mai 1722 228. Les fondateurs quittent Vienne munis du sauf-conduit et des lettres de recommandation du Prince Eugène de Savoie pour Dierling à la fin d'août. Ils se restaurent une dizaine de jours à Belgrade qu'ils atteignent le 13 septembre. Reçus à Nicée par le gouverneur de la ville, ils arrivent à Constantinople le 24 octobre 1722 229. C'est l'ambassadeur Dierling qui offre l'hospitalité aux religieux jusqu'à leur installation dans leur nouvelle maison selon les recommandations expresse du Prince Eugène 230. Après avoir visité le quartier de Pera choisi pour l'emplacement de la nouvelle résidence, ils achètent un jardin et une maison appartenant à un commerçant juif et un accord de vente est signé en janvier 1723. Ils prennent possession de leur propriété le 11 juin et le 26 y est célébrée la première messe. Il faudra encore attendre une année pour recevoir du patriarche latin de Constantinople l'autorisation de conserver le Saint-Sacrement. La particularité de cette fondation à Constantinople fut sans aucun doute l'ouverture dans ces murs d'une école de grammaire latine pour les indigènes et pour les chrétiens captifs assez libres pour suivre cette formation. Elle commença petitement en novembre 1724 avec neuf élèves et atteindra à la fin du mois plus d'une vingtaine d'étudiants. On y enseignait les classes de grammaire et les humanités 231.  De plus les religieux de cette maison assureront le service de confession auprès des catholiques latins mais aussi auprès des grecs uniates et des arméniens tout en éduquant leur foi chrétienne 232.

2.2.13.  La maison de Zasová

   Les Trinitaires ne possédaient pas encore de couvent en Moravie, mais ils n'étaient pas inconnus car des collectes furent organisées par les religieux des couvents hongrois dont beaucoup étaient d'origine tchèque. Après la fondation de Prague en 1707, les religieux moraves désiraient fonder dans leur patrie. Et l'artisan principal de l'introduction de l'Ordre en Moravie sera sans aucun doute Wenceslas de Saint Antoine 233. C'était lui qui était chargé pendant plus de vingt ans de collecter les fonds à travers la Bohème et la Moravie pour le rachat des captifs234.  Il chercha d'abord à intéresser un noble à son projet en la personne de Rodolphe Magnus comte de Podstátsky z Prusinova, conseiller des princes-archevêques d'Olomouc. La première rencontre eut lieu en 1704. Le comte commença à prendre contact avec le curé-doyen de Valasské Mezirící qui fut enthousiasmé en voyant se concrétiser un projet de couvent trinitaire dans la banlieue de sa ville d'autant plus qu'un ancien secrétaire du comte Rodolphe était prêt à vendre un jardin et une ferme. Mais les négociations pour trouver d'autres bienfaiteurs permettant de fonder un couvent furent un échec et on dut renoncer au projet. De plus l'insurrection de Rakoczi contre l'empereur frappa de plein fouet la Moravie et la Valachie et interrompit ainsi toutes tractations.

   Ce premier échec ne découragea pas Wenceslas de Saint Antoine, qui se proposa de faire une fondation près de l'église Sainte Barbara sur la colline Molda près du château Buchlov où la famille seigneuriale Petrvaldsky avait bâti son caveau. Il reçut le soutien des doyens d'Uherské 235, de Vyskov 236 et du comte Jean Wenceslas Prepisky de Richenburg 237.  Mais Wenceslas de Saint Antoine dut rentrer à Prague pour occuper son poste de collecteur de fonds pour le rachat et ainsi le projet échoua. Mais le religieux trinitaire confia son idée à son frère de sang. Jean qui occupait la charge de Maître de choeur au sanctuaire marial de Zasová et celui de directeur d'école. C'est ce dernier qui proposa de fonder un couvent trinitaire près du sanctuaire pour y assurer le culte auprès de l'image miraculeuse de la Vierge. Les différentes démarches entreprises alors par les deux frères ont été décrites dans la chronique du sanctuaire rédigée par Jean Vranecka et conservée sous sa forme de manuscrit.

   Ce récit nous montre que le sanctuaire n'était pas du tout desservi, seuls les jours de fêtes mariales, l'eucharistie était célébrée par un prêtre venant de la ville voisine. De plus, les pèlerinages se développaient en cette période de guerre, de calamités naturelles et d'épidémie de peste. On venait demander protection à la Vierge Marie de Zasová. On commença d'abord à s'assurer du soutien des donateurs qui acceptèrent tous de verser l'argent promis en faveur de cette fondation 238. Le baron Rodolphe Podstatzky de Prussinowitz prit contact avec François Louis de Zierotin qui, converti au projet, acceptera d'offrir le terrain pour la construction d'un couvent pour au moins treize religieux et d'achever l'oeuvre du sanctuaire 239.

   On décida donc d'entamer les négociations auprès du Conseil suprême de Bohème et auprès du cardinal Schrattenbach, prince-archevêque d'Olomouc. Michel de l'Assomption se rendit donc d'abord à Vienne où il dut défendre le projet devant l'empereur en personne mais le Conseil donna un avis défavorable 240.  Michel de l'Assomption ne désespéra pas. Il tenta donc de convertir l'archevêque au projet. Sa réputation d'ennemi des ordres religieux était connue de tous et était même devenue proverbiale mais devant les arguments posés par le trinitaire, il se laissa convaincre. Quels sont donc ces arguments ? Il semblerait que Michel de l'Assomption aurait insisté sur l'aide que l'Ordre pourrait apporter aux prêtres et aux fidèles de la Moravie tant au plan spirituel que matériel. Tout d'abord, la première aide serait de soutenir le curé de Roznov qui ne peut assurer sa cure et les offices au sanctuaire. Un couvent trinitaire qui s'occupera tout particulièrement des offices au sanctuaire permettra donc aux nombreux fidèles de retourner chez eux après avoir assisté à des offices et après avoir été réconciliés avec Dieu. De plus, les catholiques sont mêlés avec des non-catholiques et il est donc nécessaire d'assurer une formation aux fidèles leur permettant ainsi de connaître les vérités de la foi les préservant ainsi de l'apostasie et convertissant les protestants ou hussites. La crainte de nuire aux autres ordres religieux est infondée car la maison religieuse prévue à Zasová ne dépendra que de revenus fournis par ses fondateurs qui ont assez pourvu le monastère pour le maintien de 13 religieux. Grâce à l'appui de l'archevêque, les difficultés rencontrées avec les autorités civiles et tout particulièrement le Conseil suprême de Bohème se résorbèrent. Ainsi, le 24 novembre 1724, l'empereur Charles VI expédia le diplôme de fondation du couvent trinitaire de Zasová 241.  Une clause intéressante de ce document touche la connaissance de la langue morave pour les religieux envoyés dans cette maison. Les religieux-prêtres qui seront attachés au sanctuaire devront connaître la langue pour être capable d'instruire le peuple. Nouvelle directive du cabinet impérial de Bohème et Moravie qui chercha à peupler les couvents de compatriotes. De plus, le document intima l'inscription des fondations aux livres fonciers de Moravie et le bureau régional de Hranice fera respecter les engagements pris par les différents partis et tout particulièrement l'engagement de l'Ordre de ne quêter que pour les rédemptions et non pour la subsistance de la communauté de Zasová. La publication de ce décret fut célébrée dans tous les couvents trinitaires car il était inespéré vu la résistance acharnée du Conseil suprême de Bohème 242.

   Une fois l'autorisation impériale accordée, l'archevêque d'Olomouc convoqua une commission présidée par le comte von Thurn, doyen de Slavotín, en vue d'étudier le projet et de trouver un compromis honorable pour les religieux et pour le curé de Roznov. C'est le président qui signera le 24 février 1725 le document remettant le sanctuaire de Zasová aux Trinitaires tout en conservant l'administration et les entrées au curé de Roznov. Ainsi lors de la consécration de la nouvelle église et la translation de l'image miraculeuse de la Vierge de Zasová, les religieux furent introduits solennellement par le comte Thurn 243.

   L'étape suivante a été de régler la remise des fondations et des dons promis et tout particulièrement de régler la question du lieu d'implantation de la nouvelle maison à construire. Le 2 avril, Wenceslas se rend à Zasová pour préparer le logement provisoire des religieux situé dans la ferme appartenant au Schetzler. Les autres religieux débarquèrent dans le village le 14 juillet et la charge de président de la nouvelle résidence fut confiée à Michel mais le 15 se tint le premier chapitre de la maison qui désigna à cette charge Marian des Rois. La négociation pour le site prévu en vue de la construction du nouveau couvent fut difficile et longue. Ce lieu appartenait en partie au comte Zierotin qui par le document de fondation, l'avait légué aux Trinitaires, mais une partie appartenait à la commune244 et une dernière parcelle à un particulier du nom de Martin Janis. C'est surtout avec ce dernier que des difficultés apparurent. Il céda toutefois le terrain pour la somme de 50 florins mais il fallut plus de six ans de tractations devant les tribunaux de Moravie 245. Malgré cette difficulté de dernière minute, on commença à construire sur la parcelle octroyée par le comte Louis de Zierotin et la première pierre du nouveau monastère fut posée le 4 octobre 1725. L'aile principale du bâtiment ne sera achevée qu'à la fin de 1728 après plus de trois ans de travaux et alors les religieux purent y emménager 246.  La maison fut érigée en maison conventuelle par décret du chapitre général d'avril 1728 et ainsi le premier ministre y fut élu en la personne d'Ambroise de Saint Ignace. C'est sous son triennat que la maison atteindra le nombre de 13 religieux exigé par le document impérial 247.

2.2.14.  Les entrées dans l'Ordre

   Grâce aux lettres annonçant les décès des religieux que nous retrouvons dans les archives de Vienne ou de Rome, nous avons pu établir une liste assez exhaustive des religieux d'origine allemande ou provenant des États héréditaires qui formeront la future province. Le tableau présenté dans la partie documentaire nous permet de constater un net démarrage de la démographie de l'Ordre à partir de 1709. La période précédente était une période d'adaptation des religieux provenant d'Espagne à un milieu totalement différent du leur. C'est pourquoi, elle sera surtout marquée par un effort de traduction des ouvrages législatifs de l'Ordre comme la Règle, les Constitutions 248 et le Cérémonial de 1683 249. De plus la multiplication des maisons dans l'Ordre permettra justement le développement vocationnel de celui-ci. Nous remarquons aussi une longue période de six années sans aucune entrée. Cela peut s'expliquer aisément par la guerre civile qui frappe non seulement la Hongrie mais l'Autriche, la Moravie et la Bohème. Le sentiment national hongrois devait sûrement jouer en défaveur d'un Ordre principalement soutenu par les Habsbourg.

   Le cumul du nombre de religieux originaires de l'Empire porte la communauté trinitaire à 183 religieux à la fin de notre période. Nous avons pu aussi faire des recherches sur la provenance de ces différents religieux: sur le nombre de novices clercs 68 sont d'Autriche dont 54 de la ville même de Vienne, 36 sont originaires de Bohème dont 16 de la ville de Prague et 1 d'Illava, 30 sont hongrois dont 4 de Presbourg et 4 de Komarno, le Margrave de Moravie donnera à la province 8 religieux clercs. Les autres novices proviennent des autres provinces d'Autriche (Styrie, Milan, Salzbourg), de l'Empire (Passau, Bavière, Westphalie) et même de Silésie, d'Espagne ou de France. Les novices laïcs sont surtout d'origine allemande 250. En effet, 39 sur 59 sont de cette origine et proviennent majoritairement du milieu agricole ou artisanal 251. Cette tendance à recruter des religieux laïcs dans ces deux milieux s'accentuera de plus en plus jusqu'à devenir dominant à la fin de la présence trinitaire en Autriche en 1783. Il est intéressant de remarquer la corrélation existant entre les rédemptions, l'expansion géographique de l'Ordre et sa répercussion sur les entrées au noviciat.

   La future province de Saint-Joseph a longtemps dû renoncer à répondre à toutes les propositions de fondation à cause du manque de religieux. Nous avons justement une lettre du comte Harrach au Ministre général 252, qui lui exprime le désir de voir arriver des religieux d'Espagne afin de pouvoir répondre à toutes les propositions de fondation faites par la noblesse. Mais cette missive du comte est restée lettre-morte. Ainsi, les frères de Vienne refuseront des fondations en Moravie, en Styrie, et en Hongrie. De plus, très rapidement se posera le problème de la formation de ces jeunes allemands 253. Les premiers partiront donc pour l'Espagne et seront formés dans le collège trinitaire de La Solana. Ce n'est qu'à partir de 1696, que l'on projette l'installation d'un collège trinitaire d'abord à Illava puis à Presbourg à cause de l'insécurité provoquée par la guerre civile.  

   Les États des Habsbourg étant situés à la limite de la chrétienté latine, il était nécessaire pour eux de préserver le droit des minorités religieuses à travers leur Empire. Pour signifier son unité, tous les rites chrétiens avaient un lieu de culte particulier dans la capitale, et l'empereur lui-même était souvent intervenu pour protéger ces minorités d'une trop forte pression de l'épiscopat surtout hongrois. Se posera alors très rapidement pour les Trinitaires d'Autriche comme pour ceux de Pologne la question de la réception à l'habit de candidats provenant de ces différents rites. Le chapitre 42 des Constitutions de 1676 interdit de recevoir dans l'Ordre des candidats descendants de parents non catholiques 254. Cette disposition est évidemment à placer dans le contexte espagnol et celui de la politique religieuse des Habsbourg d'Espagne. Devant l'afflux de candidats arméniens, le Définitoire général de l'Ordre publiera un décret qui dispense de ce chapitre des Constitutions les maisons de l'Empire et de la Pologne en attendant une confirmation officielle du Saint-Siège 255. Celle-ci sera octroyée par un bref du pape Innocent XII, le 1er mars 1692 256.

2.2.15.  L'érection de la Province Saint-Joseph

   Lors de sa session ordinaire tenue en septembre 1723, le Définitoire général constate et reconnaît le progrès en nombre et en qualité des fondations dans les États héréditaires des Habsbourg. Il propose donc d'ériger avec ces maisons une province ayant son gouvernement propre et dirigée par un ministre provincial. Le procurateur général de l'Ordre dépose alors une requête au Saint-Siège en date du 16 février 1724 exprimant le désir du Définitoire général 257. La réunion d'une Congrégation générale est décidée et elle sera présidée par le Procurateur général. Elle s'ouvre à Milan le 19 novembre et les fondations d'Autriche sont représentées par le ministre de la maison de Presbourg Étienne de la Résurrection et Jean de Saint Félix 258.  Le Procurateur général de l'Ordre et commissaire général pour l'Italie, Michel de Saint Joseph, propose d'effectuer une visite canonique des maisons situées sur le territoire des États héréditaires et de celles de Pologne-Lituanie qui ont, eux aussi, exprimé leur désir d'être érigés en province. La visite commence donc par la maison de Vienne le 24 décembre 1724 259. Nous avons vu que le Procureur général de l'Ordre sera pour un jour président de la maison de Zasová.

   Constatant l'existence de cinq maisons entièrement constituées avec un nombre suffisant de religieux et un ministre à leur tête, on décide de présenter la requête officielle à la Curie romaine (24 avril 1727) 260.  Selon les Constitutions de l'Ordre, il fallait pour ériger une province huit maisons constituées, et cette objection est émise par la Sacrée Congrégation des Religieux. C'est alors que le Procurateur général cherchera à montrer que trois autres prieurés sont en bonne voie: Komarno, Belgrade et Zasová et ont déjà un nombre suffisant de religieux. La Congrégation accepta la proposition et le 14 août 1727, le pape Benoît XIII érige la Province Saint-Joseph de la Congrégation déchaussée de l'Ordre de la Sainte Trinité. Il cite les maisons comme suit: "Vienne, Illava, Presbourg, Trnava en Autriche, des maisons de Komarno et d'Eger en Hongrie, de la maison de Prague en Bohème, de celle d'Alba Iulia en Transylvanie, de Belgrade en Serbie, de Zasová en Moravie, et de l'hospice ou résidence de Constantinople" 261.  Le premier chapitre provincial tenu au début de l'année 1728, désignera Jean de Saint Félix comme premier ministre provincial 262. La nouvelle province possédait douze maisons, 183 religieux et avait déjà effectué jusque-là douze rédemptions rachetant près de 1.900 captifs.

 

3.  L’APOSTOLAT  DES  RELIGIEUX  TRINITAIRES  DÉCHAUX  EN AUTRICHE


3.1.  L'apostolat de la rédemption des captifs.

 3.1.1.  L'esclavage dans l'Empire ottoman

   Les guerres de conquête ont mis constamment à la disposition des vainqueurs des lots fort importants de prisonniers des deux sexes dont beaucoup demeuraient esclaves. Là-même où se stabilisaient provisoirement les frontières, des incursions à main armée sur le territoire ennemi, organisées par le pouvoir central ou par des groupes particuliers, ne manquaient pas de mettre en application le principe de la guerre sainte et elle ramenait des captifs. La plaque tournante sur le bord de la Caspienne fut Derbend mais aussi Bokhara et Samarkand.

   Les hommes ont des rôles plus différenciés. Un grand nombre constitue ces gardes personnelles ou ces vastes milices serviles plus d'une fois rivales qui très vite doublent ou remplacent les combattants. D'autres ont des emplois domestiques (parfois suspects) aussi bien chez les gens de condition moyenne que chez les grands (eunuques pour la garde des harems). En dehors de la maison, bien des esclaves servaient d'auxiliaires dans le commerce ou le pratiquaient conformément à leur statut juridique. D'autres cultivaient les champs du maître. Les prisonniers de guerre étaient à la disposition du gouvernement et effectuaient des travaux de fortifications et participaient à des constructions monumentales.

   L'esclavage chez le sultan de Constantinople perpétue les traditions médiévales des peuples de l'Islam. il procure des domestiques, des concubines, des fonctionnaires et des soldats. A l'usage des particuliers, par exemple, les marchands d'esclaves (esirciler), qui surveillent un Kâhya disposent dans la capitale d'un bâtiment public; non loin demeurent les matrones-expertes, qui interviennent sur la demande des acquéreurs; chaque esclave a, depuis la frontière, une pièce d'état civil à son nom, qui reste comme titre de propriété entre les mains de ses possesseurs successifs. Des eunuques dénommés aghas vivaient au sérail. Le chef des eunuques blancs était surnommé aghas de la Porte. Dans tous les services publics, civils et militaires, les esclaves d'origines diverses jouaient un rôle essentiel. Ils étaient appelés "esclaves de la Porte" (Kapi Kullari).

   Du XVème au XVIIème siècle fonctionna un système contraire à la Loi religieuse, celui de devsirme  ou enrôlement forcé de jeunes chrétiens de l'Empire, balkaniques principalement au titre d'esclave gouvernemental. Ces serviteurs involontaires et cependant dévoués, de la Porte recevaient une instruction conforme à leur aptitude, les plus doués entraient au Palais ou dans l'administration supérieure. Les autres étaient versés dans la marine ou dans des corps de troupes parmi lesquels celui des Janissaires leur dut sa brillante réputation.

   Les ouvrages trinitaires et les récits de rédemption d'origine autrichienne insistent tout particulièrement sur les incursions effectuées par les Ottomans sur les terres chrétiennes. Pourquoi cette insistance ? C'est pour démontrer que les captifs ne sont pas d'abord des prisonniers de guerre ordinaires mais le résultat d'un brigandage et qu'ils souffrent pour leur nom de chrétien. Les personnes ramenées par ces razzias officielles ou non sont divisées selon leur âge. Les enfants introduits dans la foi musulmane serviront plus tard dans les premiers rangs de l'armée ottomane. Les adultes sont eux asservis aux travaux publics ou privés au service des Turcs ou des juifs surtout dans les travaux agricoles mais aussi dans la domesticité. L'évasion était rendue quasiment impossible grâce au système de carte d'identité retenue par le ou les propriétaires. Seuls les captifs proches des frontières pouvaient espérer trouver la liberté dans la fuite. Ceux qui étaient repris risquaient la mort par lapidation ou la flagellation des pieds jusqu'au sang. Les plaies étaient ensuite recouvertes de sel empêchant ainsi toute cicatrisation durant des mois.

3.1.2.  Les premières rédemptions: de 1691 à 1698

   Dans leur oeuvre de rachat, les Trinitaires vont utiliser les méthodes qu'ils maîtrisent bien et pratiquent depuis leur fondation à la fin du XIIème siècle. Mais elles vont être utilisées sur des terrains nouveaux. C'est en effet la première fois que l'Ordre va se lancer dans des rédemptions en Crimée et en Tartarie et la réputation des habitants de ces contrées n'était plus à faire. On constate dans les récits de rédemptions que les Tartares sont plus méfiants et plus tyranniques envers les chrétiens que les Ottomans ou les Corsaires des Barbaresques. Dans aucun autre voyage, la mission est plus difficile qu'en Tartarie où même les rédempteurs sont victimes de sévices, d'emprisonnements malgré les sauf-conduits. De plus, c'est aussi la première fois que l'Ordre tente de sensibiliser à ce problème la couronne autrichienne. Elle est certes consciente de la question des prisonniers mais hésite à financer le rachat qui pourrait servir de fonds pour améliorer ou augmenter les forces ottomanes. C'est pourquoi les religieux ne demanderont jamais à l'État d'intervenir financièrement pour les rédemptions. Tout l'apport économique repose sur les aumônes des grands et des petits de tout l'Empire. Des quêtes sont organisées à travers le pays, à la sortie des églises. De plus, des donations ou des fondations pouvaient être octroyées en vue du rachat des captifs et même le fruit du travail des religieux devait pourvoir au besoin de la rédemption grâce à l'exigeante règle de la tertia pars  remise à l'honneur dans le mouvement déchaussé par le réformateur Jean Baptiste de la Conception. Parmi les grands donateurs nous trouvons évidemment les membres de la famille impériale mais aussi des grands seigneurs comme le comte et la comtesse de Harrach, les cardinaux comme Széchényi, Kollonitsch, de Saxe et de nombreux prélats. De cette générosité des grands et des petits, les fondations trinitaires des États héréditaires purent organiser entre 1691 et 1783, trente et un voyages de rédemptions rachetant ainsi plus de 4.000 captifs. Nous chercherons à présenter en quelques lignes les douze voyages de rédemption effectués au cours de la période que nous étudions.

   L'Ordre a racheté en un siècle d'apostolat libérateur en Autriche près de 4.000 captifs mais sur quel nombre? C'est là justement une question qui préoccupait tout particulièrement les autorités autrichiennes. Celles-ci cherchaient en effet depuis le début des guerres turques à dénombrer le nombre de leurs ressortissants captifs dans les bagnes turcs ou tartares. Ainsi demanderont-elles aux religieux rédempteurs de dresser une liste plus ou moins exhaustive du nombre de chrétiens prisonniers des geôles publiques. Les contemporains estimaient qu'après l'échec devant Vienne, les ottomans et les tartares auraient ramené en esclavage 6.000 hommes, 11.000 femmes, 14.000 jeunes filles et 50.000 enfants provenant de Basse-Autriche et de Styrie 263. Le cardinal primat de Hongrie Georges Széchényi dans sa lettre de fondation de la maison trinitaire d'Illava les estime à plus de 100.000 264.  Le nombre élevé des captifs devra jouer un rôle essentiel pour l'implantation et le succès de l'Ordre auprès de la population de l'Empire et tout particulièrement dans le royaume de Hongrie fortement sensibilisé par cette question des captifs à cause de sa situation géographique et de son rôle de tampon entre l'Autriche et l'Empire ottoman.

3.1.2.1.  La première rédemption (1691)

   Deux années après la fondation de la première maison de l'Ordre à Vienne, les Trinitaires désirent se lancer dans l'oeuvre de rédemption. Jean des Anges désigne donc Maure de la Conception au poste de rédempteur 265. Ce dernier commence à faire des appels de fonds qui lui permettront de mettre en route le projet. Il s'adresse à l'impératrice Éléonore et aux membres de l'Ordre fondé par elle. Une épidémie de peste sévissant à Belgrade, on commence d'abord à reporter le voyage prévu mais après quelques semaines d'attente, Maure de la Conception décide changer de lieu et opte pour la Tartarie. L'empereur fait dresser des sauf-conduits et remet une somme de 300 florins pour le rachat des captifs et ainsi les autres membres de la famille impériale offrent de leur caisse personnelle la somme de 500 florins. On annonce la rédemption à travers toutes les églises de Vienne et des faubourgs et de nombreux prédicateurs invitent les fidèles à contribuer généreusement à cette oeuvre. Une église de Prague, celle de Saint Benoît, ira jusqu'à offrir la somme de 100 florins. Le rédempteur ayant réuni la somme de 1.800 florins quitte Vienne le 7 septembre 1690 accompagné du Commissaire général 266.  A Léopoli, il rencontre les ambassadeurs des Turcs et des Tartares tous deux disposés à lui assurer des sauf-conduits pour Kaminiek ou pour Budziak. En novembre l'émissaire de Kaminiek l'informe qu'aucun sujet de l'empereur n'est en captivité dans sa ville et donc Maure opte pour Budziak 267.  Jean de Saint Augustin lui expédie encore la somme supplémentaire de 244 florins rhénans. Maure quitte le territoire de la Pologne le 7 février 1691 escorté de quelques soldats. Il traverse Bockovina, Sozaviza, Zolka, Soczova. Informé du voyage, le prince de Moldavie ordonne à son gouverneur de Falczyni, petite ville frontière avec la Tartarie, d'offrir l'hospitalité au rédempteur 268.  Il y reste jusqu'à l'obtention du laissez-passer pour entrer en Tartarie. On l'oblige à revêtir une tunique turque appelée castan et afin d'assurer sa sécurité on lui octroie d'office, et à ses frais une petite escorte 269.  Il arrive à Budziak en mai 1691 après avoir accepté de nouvelles conditions financières imposées par les Tartares. Les négociations étaient délicates et d'autres rédemptions en dépendaient. La majorité des esclaves retenus dans cette province étaient surtout des soldats de l'armée impériale âgés de 28 à 50 ans. Il en rachète seize dont dix provenaient d'Autriche, deux de Silésie, un de Hongrie, un de Bohème, un de Styrie et un de Brandebourg échangés contre la somme de 1.140 léoninos soit 2.110 florins 270.  Le reste servit à l'achat de trois charrettes et de sept chevaux pour le retour. Au cours du voyage, se joignent quatre femmes qui elles, ne semblaient pas avoir été captives. Le groupe quitte la province de Budziak et rentre de nouveau en Pologne à la fin du mois de mai. Il passe par la Moldavie, la Pologne, la Silésie, la Moravie puis arrive à Vienne. Sur tout le parcours, des processions sont organisées ainsi qu'une quête pour permettre le départ d'une nouvelle rédemption. A Vienne on célèbre selon une tradition de l'Ordre, la journée d'action de grâce. Le 10 juillet, une grande procession s'organise du couvent trinitaire jusqu'à la cathédrale Saint-Étienne. Les comtes von Harrach, von Wallenstein et von Auersberg ouvrent la marche, suivis des rachetés portant le scapulaire trinitaire. Ces derniers sont suivis par la musique et le choeur puis la croix de la maison et enfin par les religieux et une foule importante. On dédie cette rédemption à la famille von Harrach, bienfaitrice de l'Ordre (titre donné par le commissaire général) 271.

3.1.2.2.  La seconde rédemption (1692)

  Après l'échec des armées impériales devant Belgrade, des centaines de soldats furent faits prisonniers. Les autorités viennoises demandent à Jean de Saint Augustin d'organiser une rédemption dans cette ville mais la caisse est vide 272.  Au retour du commissaire général, Jean de Saint Augustin est constitué procureur des rédemptions et commence à collecter des fonds. Il attire l'attention de Jeanne Lamberg comtesse von Harrach à leur sort et elle se fera la promotrice de la cause auprès de la noblesse. Elle fait dresser un registre où seront notés les dons apportés par les grands et les nobles de l'Empire 273.  Jean de Saint Augustin se rend, lui, dans les différentes églises de Vienne pour quêter afin de promouvoir un mouvement populaire de générosité 274.  Une fois réunie la somme de 2.670 florins, Joseph des Anges le nomme rédempteur pour Belgrade 275.  Dès lors, il entame des pourparlers avec les autorités ottomanes et demande au gouverneur de la ville l'obtention de sauf-conduit nécessaire pour ce voyage. Celui-ci refuse l'entrée car il craint l'infiltration d'espions sous couvert de rédemption 276.  Après la victoire impériale d'août 1691, les Turcs enflammés par le désir de vengeance s'attaquent aux captifs de Belgrade et rendent les tractations de plus en plus difficiles. Au cas où la ville tomberait aux mains des impériaux, Jean de Saint Augustin se propose de se rendre à Temesvar 277.  Malgré l'épidémie de peste qui sévit dans les provinces ottomanes, Jean de Saint Augustin échange les prisonniers turcs offerts par le cardinal Léopold von Kollonitsch contre un homme et trois femmes. Parmi ces femmes se trouvait une luthérienne qui se convertira au catholicisme. Nous verrons ce phénomène de conversion se reproduire très souvent soit dans le rang des captifs rachetés soit parmi l'assistance des processions. Vingt-trois personnes en tout sont libérées des bagnes de Belgrade et de Temesvar 278.  Les captifs étaient originaires de toutes les provinces de l'Empire: Autriche, Bohème, Bavière, Belgique, Franconie, Saxe, Styrie, Souabe, Westphalie et étaient âgés de 18 à 30 ans. Le 12 avril 1692 279, ils entrent à Vienne et le lendemain a lieu la procession vers la cathédrale pour l'action de grâce 280.  Une liste a été publiée avec chacun leur nom, leur origine, leur condition, leur sexe, leur âge et le prix du rachat. Les Trinitaires ont dédié cette rédemption au cardinal von Kollonitsch 281.

3.1.2.3.  La troisième rédemption (1693)

   A l'occasion de son avènement, le pape Innocent XII proclame un jubilé universel recommandant aux fidèles de se montrer généreux. Ce jubilé est proclamé dans l'Empire au début de l'année 1692. Les Trinitaires y voient une occasion favorable pour inviter les chrétiens à s'intéresser au sort des frères captifs à cause du Christ. On charge donc Maure de la Conception de récolter les fonds et de diriger la troisième expédition de rachat 282. Les membres de la famille impériale montrent l'exemple et provoquent ainsi un mouvement de générosité à travers toute la capitale. C'est ainsi que le 26 août, Maure quitte Vienne pour Léopoli afin d'y recevoir les sauf-conduits de la légation tartare 283. Une fois ces autorisations obtenues, il s'adjoint Michel du Saint-Sacrement, religieux trinitaire arménien qui servira d'interprète 284. Ils atteignent Budziak au moment où le Shah est renversé 285. Craignant les espions, son successeur fait passer un interrogatoire serré aux religieux et après vérification, leur donne licence de racheter des captifs. Il les informe sur le sort de milliers d'allemands retenus en Crimée 286. Ils décident donc de s'y rendre. Avec l'accord du Khan, ils visitent les bagnes d'Oczakovia, de Borysthenis, de Precope (Przekop en polonais) et atteignent Bukcassarium le 16 décembre. En janvier, ils sont accusés d'espionnage au profit de l'Empire par le vizir et emprisonnés pendant trois mois 287. Déférés devant le tribunal ils sont reconnus innocents et relâchés par le mufti. Les religieux décident de retourner à Budziak, où ils rachètent trente-quatre captifs 288 et le groupe se met en route vers Vienne 289.  Mais le vizir retarde l'obtention des sauf-conduits. C'est pour permettre de débloquer la situation que l'empereur en personne demandera l'intervention de Jean III auprès du Khan de Crimée 290.  Libéré des tracasseries du vizir, le groupe entre en Transylvanie où un des rachetés meurt. Ce n'est que le 11 septembre qu'a lieu la procession d'action de grâce à la cathédrale Saint-Étienne 291.  Le placard publié montre qu'il y avait dans le groupe quatorze provenant d'Autriche, trois de Bohème, trois de Moravie, deux de Hongrie, un de Transylvanie et le reste des autres provinces de l'Empire, dont seize soldats, neuf femmes et enfants. Le placard fut remis à l'empereur Léopold à qui l'Ordre dédia cette troisième rédemption 292.

3.1.2.4. La quatrième rédemption (1695)                     

   La quatrième rédemption est confiée de nouveau à Jean de Saint Augustin et Ildefonse de Saint Joseph qui choisissent Belgrade pour lieu d'apostolat. Le gouverneur militaire de Petrovaradin, le baron von Nehm, est chargé lui de sonder le gouverneur ottoman de Belgrade et d'en informer le Conseil aulique de Guerre. La réponse du gouverneur de Belgrade nous informe que les deux religieux sont accompagnés par une douzaine de captifs turcs et désirent les échanger contre autant de sujets de l'Empereur. Il accorde donc volontiers le sauf-conduit à la condition que le but unique soit le rachat des chrétiens et que les captifs ramenés par les religieux soient de vrais turcs et non des espions à la solde de l'Empereur 293. Nous constatons une fois de plus que plane la crainte de l'espionnage. Il faut nous rappeler que nous sommes encore en guerre. Le cardinal Kollonitsch a offert en effet quinze soldats turcs pour les échanger contre des chrétiens 294. Cette manière d'offrir des captifs turcs en échange de chrétiens se généralisera surtout après les traités de Karlowitz, de Passarowitz et de Belgrade. En janvier 1696, les rédempteurs arrivent à Petrovaradin et entament les tractations avec le gouverneur de Belgrade qui se révéleront fort difficiles car ce dernier craint toujours l'espionnage. Mais on arrive à échanger les quinze turcs contre huit chrétiens. Quarante-cinq chrétiens seront rachetés des bagnes de Belgrade. La plupart servaient dans l'armée impériale comme soldats ou comme officiers, cinq autrichiens, treize hongrois et le reste provenait des autres provinces de l'Empire. Parmi ce groupe il y avait huit femmes et trois filles 295.  Les rédempteurs cherchent avant de quitter Belgrade de recenser le nombre de chrétiens qui restent dans les bagnes de Belgrade mais ce recensement n'a pas été conservé dans les archives consultées. Le document était en réalité adressé au cardinal Kollonitsch et au Conseil aulique de Guerre pour qu'ils puissent se rendre compte de l'ampleur du problème. Il semblerait toutefois que ce document servira pour établir l'article 12 de la paix de Karlowitz sur l'échange des prisonniers et sur le rôle des rédempteurs. C'est le 5 juillet 1696 qu'a lieu à Vienne la célébration d'action de grâce 296.  Le lendemain, sept protestants retournent à la foi catholique et une musulmane rachetée par les religieux se fait baptiser dans la foi chrétienne. Cette rédemption sera dédiée au roi Joseph Ier, fils aîné de l'empereur et corégent de Hongrie 297.

3.1.2.5. La cinquième rédemption (1698)

   Jean de Saint Augustin est chargé de préparer le cinquième voyage de rédemption. Le lieu d'apostolat retenu est Budziak en Tartarie 298.  L'empereur Léopold le recommande à Constantin Brancoveanu, prince de Valachie, pour que celui-ci lui octroie un sauf-conduit. D'autres lettres de recommandations émanent de Philippe de Liechtenstein, du comte Udalrich Kinskius et du marquis Cajetan. Le 5 avril 1698, Jean de Saint Augustin quitte Vienne par voie fluviale, s'arrête au collège trinitaire de Presbourg où il exhorte les jeunes religieux. A Buda, il se joint à une escorte. Il rencontre à Hermannstadt le comte Rabutin, préfet impérial qui le reçoit cordialement 299.  Il lui offre un interprète et il continue son voyage vers Stephanopolim. Itinéraire dangereux, montagneux et surtout infesté de brigands. Le 19 mai Jean de Saint Augustin atteint Bucarest où il rencontre le Prince 300 qui le reçoit. Heureux de voir le projet de rédemption se réaliser, il se dit prêt à le soutenir. Mais le temps n'est pas opportun en raison de la guerre; en effet, les Tartares et les Turcs entretiennent une haine implacable contre les chrétiens. Des consuls eux-mêmes ne seraient pas reçus. Homme et biens seraient perdus si Jean décidait de poursuivre son chemin. On commença quand même les tractations auprès des ambassadeurs turcs et tartares afin d'obtenir 301 des sauf-conduits pour entrer dans leur territoire. Mais il obtient la même réponse qu'il avait reçue du prince de Valachie. Jean de Saint Augustin dut rester tout le mois de juin à Bucarest. Il écrit à l'ambassadeur de France à Constantinople pour qu'il intervienne en sa faveur auprès du sultan. Mais aucune réponse ne fut donnée à cette démarche 302.  Grâce à l'intervention personnelle du Prince de Valachie et de Constantin Cantacuzenus, la nouvelle d'une vente prochaine de captifs à Budziak redonna courage au rédempteur. On entame de nouvelles tractations qui aboutissent le 1er novembre à la libération de cinq autrichiens, vingt-deux hongrois et vingt-quatre impériaux provenant des autres provinces. Le prince de Valachie pourvoit au ravitaillement des rachetés et le 17 novembre, le groupe quitte Bucarest pour Vienne 303.  Il atteint Illava le jour de la translation du Saint-Sacrement dans la nouvelle église et participe à la célébration 304. Marqués par l'oeuvre de charité des Trinitaires, les nombreux protestants manifesteront dès lors un grand respect envers eux. A Presbourg, les captifs sont reçus à la porte de la ville par le Chapitre de la basilique métropolitaine d'Esztergom et par les Magistrats de la ville. Une procession s'organise jusqu'à la basilique Saint Martin 305. Dans la basilique, on entonne le Te Deum. Onze captifs de confession luthérienne ou calviniste retournent à la foi catholique 306 et en l'honneur du rédempteur Jean de Saint Augustin, on lit un poème écrit par le consul Christophe Spindler. Le groupe arrive à Vienne le 27 janvier 1699. Il est présenté à la famille impériale dans sa résidence de la Hofburg. L'action de grâce est célébrée à Saint Étienne. Isidore de la Visitation donne l'homélie et cherche à décrire les péripéties et les mille difficultés rencontrées par le rédempteur en vue de sauver la foi de ces captifs. Le lendemain, fête de Sainte Agnès seconde, patronne de l'Ordre; les religieux accordent aux captifs l'absolution générale et l'indulgence plénière dans l'église de la Trinité. L'indulgence est aussi octroyée à tous les donateurs et bienfaiteurs qui ont permis cette rédemption ainsi qu'aux membres de la Confrérie. On dressa une liste des rachetés qu'on dédia à l'archiduc Charles 307.

3.1.3. La grande rédemption fruit de la paix de 1699

   Le 26 janvier 1699 est signé entre les représentants de l'empereur Léopold Ier et ceux du sultan Mustafa II, la paix de Karlowitz. L'article 12 traite de la question épineuse de l'échange ou du rachat des prisonniers 308.  Il stipule, que la paix une fois acquise, qu'il est légitime pour un captif détenu à cause de la guerre de désirer retrouver sa liberté et sa nation. Il est possible et même souhaitable que l'échange de prisonniers ou leur libération contre rançon puissent s'effectuer sans entrave pour le bien des deux nations. Les captifs chrétiens appartenant à des particuliers devront être échangés pour un prix juste et raisonnable. Tout litige devra être arbitré par les juges locaux.

   Le traité signé, les Trinitaires veulent profiter de l'occasion pour entamer la sixième expédition et désignent Joseph du Saint-Sacrement comme rédempteur 309.  Le cardinal Kollonitsch publie une lettre autorisant la quête générale organisée en vue de la rédemption par les Trinitaires à travers tout le royaume de Hongrie. Il la recommande fortement aux fidèles et les invite à de larges aumônes 310. Lui-même rachètera 104 turcs et les confiera au rédempteur pour qu'il les échange contre autant de chrétiens. Joseph du Saint-Sacrement décide de profiter de la légation impériale pour Constantinople et prend ainsi contact avec le nouvel ambassadeur le comte Wolfgang Oettingen. Celui-ci accepte et fixe le départ au 20 octobre 311.  Les religieux réussissent à réunir la somme de 2.125 florins qui est remis au trésorier de l'ambassade. A Bukovar, on avertit les autorités ottomanes de la présence du rédempteur chargé du rachat selon les dispositions de l'article 12 du traité de Karlowitz. C'est le 7 décembre, que les deux légations se rencontrent et s'échangent à la limite des trois frontières. Le comte Starhemberg et Joseph du Saint-Sacrement interviennent auprès de l'ambassadeur ottoman pour lui demander l'autorisation de visiter les bagnes de Belgrade. Celui-ci accorde le laissez-passer et Joseph se rend à Belgrade le 9 décembre 312.  Il échange les prisonniers turcs contre vingt-cinq officiers de l'armée impériale dont le comte Adam Eszterházy 313. De passage à Rusik et à Andrianople, il rachète de nouveau des captifs 314.  En février l'ambassade impériale atteint Constantinople, il est reçu officiellement par le Divan le 16. Ce jour-là, les Ottomans signent un accord de paix, un accord concernant les nouvelles frontières et un accord concernant le rachat des captifs. Ce dernier qui nous intéresse ne fait en réalité que reprendre et confirmer l'article 12 du traité de Karlowitz. Le comte Oettingen charge de ce dernier dossier tout particulièrement le comte Louis Sinzendorf et le trinitaire. Tous deux après avoir constaté l'état déplorable des captifs, écrivent à l'empereur Léopold pour l'informer de l'ampleur du problème 315.  Joseph, lui, écrira au cardinal von Kollonitsch et à ses supérieurs à Vienne et à Madrid pour leur demander d'autres subsides en vue de soulager la douleur des chrétiens captifs. La maison de Vienne empruntera la somme de 6.000 florins, qu'elle expédiera 316. Mais le comte Sinzendorf et le rédempteur trouveront dans la personne de Mezzomortot, préfet d'un des bagnes, un opposant virulent à l'oeuvre de rachat. Sur plus de 200 prisonniers, il ne permettra que la libération de 50 au prix de 100 piastres chacun (soit 133 florins et 33 Kreuzer) 317.  Des soupçons planent contre certains membres de la légation impériale et le vizir les accuse d'espionnage. Des tumultes se multiplient autour de l'ambassade. Le rédempteur décide donc de suivre le conseil du cardinal Kollonitsch qui lui demande de rentrer le plus rapidement possible en Hongrie avec les captifs rachetés. Après avoir réglé la question de l'intendance, deux navires affrétés par le Consul de Venise 318 quittent le port de Constantinople le 25 juillet pour rejoindre le delta du Danube. Ils atteignent Vienne le 12 septembre 1700 319. La communauté trinitaire accueille les rachetés à la porte de Carinthie et on avertit le cardinal Kollonitsch de leur arrivée. Il s'y rend et préside une procession improvisée. La population de la ville leur fait un accueil triomphale en ce jour anniversaire de la victoire chrétienne sur les Ottomans 320.  Parmi les rachetés, cinquante renient leur foi musulmane et sont réintégrés dans l'Église. Des prêtres sont mis à leur disposition pour leur accorder le pardon de toutes leurs fautes au cours d'une confession générale. De nombreux hérétiques luthériens et calvinistes retournent à la foi romaine. On publia une liste des 445 captifs rachetés 321 pour l'offrir au pape Clément XI en cette année jubilaire. La rédemption a donc été dédiée au Souverain Pontife le 21 décembre 1700.

3.1.4.  La lancée: de 1702 à 1725

   Après la sixième expédition qui fut assez fructueuse, l'Ordre se sent mûr pour poursuivre son oeuvre. Malgré la signature de différents traités de paix, Karlowitz en 1699, Passarowitz en 1719 et même celui de Belgrade en 1739, les Trinitaires rencontreront des difficultés. La première est due plus particulièrement à la situation interne des États héréditaires. C'est la guerre civile en Hongrie, dirigée contre les Habsbourg, qui empêchera la récolte de fonds à travers le pays. La guerre civile touche aussi la Moravie et la Bohème. De plus, des imposteurs apparaissent et menacent la réputation de l'Ordre. Une disposition de l'archevêque d'Olomütz datée du 23 mars 1714 en témoigne. Les escrocs devront être arrêtés, jugés à Olomütz et subir une lourde peine. De plus, seul Wenceslas de Saint Antoine est habilité à récolter des aumônes pour le rachat des captifs au nom de l'Ordre. Ces escrocs ont de tout temps existé, car Grégoire IX était déjà intervenu contre eux dans la première moitié du XIIIème siècle. Les rédemptions qui s'effectueront dans cette seconde période prendront souvent place dans les "bagages" des différentes légations impériales auprès du sultan de Constantinople. Seuls les voyages en Crimée ou en Tartarie seront libres de toutes tractations diplomatiques.

   L'Ordre a pris son élan et s'est habitué à travailler dans ces nouveaux milieux: Tartarie, Constantinople, Valachie, Moldavie, etc.... Il organisera six voyages en moins d'un quart de siècle et ils seront les plus fructueux. La première expédition dirigée par Joseph du Saint-Sacrement ramène 85 captifs tirés de Tartarie et de Constantinople en 1702-1703 322.  Jean de Saint Félix dirigent lui la huitième 323 et la neuvième expéditions organisées respectivement en 1706-1707 324 et en 1709 325 rachetant 229 captifs de différents bagnes de Turquie et de Crimée. Joseph de Jésus-Marie lui présidera à la dixième et à la onzième rédemptions en 1714 et 1720. Il arrachera ainsi 123 captifs en 1714 326.  Un catalogue de cette rédemption a été publié en 1715 327. L'expédition de 1720, est réalisée au lendemain de la signature du traité de Passarowitz qui reprend les dispositions de l'article 12 de celui de Karlowitz328.  Cette dernière rédemption aura un grand succès. Elle provoquera un grand élan de générosité à travers tout l'Empire permettant le rachat de 555 captifs tirés des bagnes de Constantinople 329.  La toute dernière rédemption regardant notre période se réalisera en 1725 et sera dirigée par Jean de Saint Félix. Celui-ci rachètera 220 captifs à travers la Turquie. Pour soulager spirituellement les captifs, les religieux rédempteurs de Pologne et de l'Empire recevront du pape Clément XI l'autorisation de porter un autel et y pourront célébrer la messe à la condition que celle-ci soit célébrée avant le lever du jour et d'absoudre tous les cas réservés 330.


3.2.  La pastorale locale

   Comme nous l'avons vu, les premiers Trinitaires ont joui de l'appui des supérieurs de la Compagnie de Jésus. Pourquoi ? Tout d'abord et selon le Vicaire général Dominique Marie de Marinis 331, ils appartiennent à la même école théologique que les Jésuites. En effet, nous sommes au début de la grande querelle du jansénisme et du molinarisme. De plus, les Trinitaires ont toujours défendu l'immaculée conception de Marie 332.  Leur pastorale locale va donc être imprégnée au moins par ces deux tendances. Mais évidemment les religieux développeront surtout la dévotion à la Trinité. Celle-ci est déjà vivante en Autriche et dans les États héréditaires. Depuis près d'un demi siècle, les villes élèvent des colonnes à la Trinité sur les places. A Vienne, nous avons vu que l'empereur Léopold Ier avait fait élevé une colonne en action de grâce pour la fin de l'épidémie de peste sur la place du Graben333. Les religieux trinitaires qui ont l'autorisation d'ouvrir leur église pour le culte et pour des lieux de rassemblement de dévotion en profiteront. Ils développeront tout particulièrement la dévotion au Trisagion appelé aussi le Rosaire de la Sainte Trinité 334. Pour favoriser une telle dévotion, l'Ordre commence d'abord à traduire en allemand tous les privilèges et indulgences accordés par les papes dont jouissent ordinairement les membres des confréries de la Sainte Trinité et de la Rédemption des captifs 335.

   C'est ainsi que naît l'idée de fonder autour des églises trinitaires des États héréditaires, des confréries sur le modèles de celles qui existent déjà en France, en Espagne, en Italie. On traduit donc les Constitutions de certains de ces mouvements laïcs. La première ébauche d'une confrérie trinitaire apparaît en 1697 au moment où tous les membres de la famille impériale s'y inscrivent le 24 février 336.  Cet acte d'association de la famille des Habsbourg permettra au mouvement de se répandre très rapidement. Joseph des Anges traduira alors le livre d'instruction des confrères qui publié sera dédié au comte Philippe Christophe Breüner 337. Ce dernier sera le premier à recevoir officiellement la croix trinitaire en tant qu'associé. Il la portera en permanence comme l'Ordre équestre de la Sainte Trinité 338.  Après avoir remis le scapulaire aux associés on leur donne l'absolution générale et l'indulgence plénière généralement octroyées aux confrères.

   La confrérie prendra vraiment forme en 1704. Ses statuts expliquent la raison d'être de la dite confrérie: développer la dévotion à la Sainte Trinité, pour qu'elle soit bénie sur toute la terre et par tout homme. On a l'impression que la confrérie est surtout une confrérie de dévotion. Mais les statuts nous rassurent. La confrérie a aussi un but caritatif. Elle seconde l'oeuvre de rédemption selon ses moyens: prières, aumônes, jeûnes, récolte de fonds. Elle doit aider les rédempteurs à libérer les chrétiens tenus en captivité dans les geôles de l'ennemi (le Turc ou le Tartare). Elle participe à la lutte contre Satan lancée par les religieux en combattant l'ignorance et les hérésies protestantes et hussites. Elle participe donc aussi à la pastorale locale par des oeuvres de charité par l'assistance des pauvres et des nécessiteux. Les souverains pontifes ont justement octroyé de nombreuses indulgences en faveur de ceux qui participeront au rachat des captifs. Et nous avons constaté dans la partie où nous avons étudié l'apostolat rédempteur de l'Ordre qu'à chaque expédition, la confrérie jouera un rôle dans l'organisation de l'accueil des captifs de retour dans leur ville.

   Les statuts vont être rédigés par une petite commission réunie autour d'Ignace de Saint Michel et de la comtesse Marie Thérèse Kinsky. Ils sont approuvés par l'évêque de Vienne François Antoine Harrach en 1704 qui autorise l'institution publique de la confrérie. L'empereur est élu Grand Protecteur de la Confrérie de la Sainte Trinité et de la Rédemption des captifs 339. Le comte Ferdinand Bonaventure Harrach en est élu recteur. De même des assistants, des consulteurs et un trésorier sont désignés. Certaines charges sont perpétuelles comme celle de Protecteur ou de recteur. Le Commissaire général de l'Ordre pour l'Empire nomme Ignace de Saint Michel comme président. Le 18 mai 1704, fête de la Sainte Trinité, la confrérie est officiellement instituée lors de la célébration eucharistique en présence de la famille impériale et de Ladislaus Matyássovski, évêque de Nitra. D'autres confréries seront fondées auprès des maisons trinitaires de Presbourg, d'Illava, de Trnava, de Komarno et d'Eger. Elles reprendront les mêmes constitutions que celle de Vienne qui servira de modèle à toutes les autres.

   De plus, les Trinitaires venus d'Espagne portent avec eux leur dévotion au Nazaréen. En effet, dès leur installation à Vienne, le troisième autel élevé dans leur petite église après l'approbation impériale avait été dédicacé à Jésus Nazaréen, statue qu'ils avaient reçu de leurs frères d'Espagne. Cette statue a été rachetée par les Trinitaires déchaussés en Afrique en 1685 et depuis lors portait le scapulaire trinitaire. Il était donc en lui le résumé de l'oeuvre apostolique des religieux trinitaires voués au rachat des captifs. Aujourd'hui encore elle est vénérée dans l'ancienne église trinitaire de Madrid mais il est plus connu sous le nom de Jésus de Medinacelli. Cette dévotion a été répandue par les Trinitaires déchaussés dans toutes leurs provinces. Nous la retrouvons effectivement dans toutes les églises trinitaires encore existantes des États héréditaires. De nombreuses gravures circulaient avec l'image du Nazaréen entouré des instruments de la passion comme celle qui figure dans l'ouvrage de Fallenbuchl 340.

   Les Trinitaires développèrent aussi une dévotion particulière envers un crucifix, dit miraculeux. Ramené à Vienne, cette croix fut offerte à l'église de la Sainte Trinité et une confrérie de dévotion appelée de la Croix du Christ fut fondée pour sa vénération. Malheureusement de nombreux documents de cette confrérie ont disparu et nous ne conservons dans les archives trinitaires que la lettre des membres de cette confrérie demandant à l'archevêque de pouvoir mettre une croix sur le catafalque de chaque membre de ladite confrérie 341.

 

CONCLUSION

    Après avoir fait ce rapide parcours de l'évolution de l'Ordre à travers les États héréditaires, nous pouvons maintenant en tirer quelques conclusions. Celles-ci ne seront pas aussi exhaustives que nous le désirerions mais nous aidera à lancer de nouvelles questions pour une suite du travail.

   Nous avons constaté que les fondations des maisons et hospices de l'Ordre dans les États héréditaires des Habsbourg répondaient à certains critères. Tout d'abord, ils se situent toutes dans les villes importantes de ces États. Cela s'explique sans trop de difficultés. Les villes étaient les lieux où il était plus facile et plus commode de faire des appels de fonds. La seule exception fut toutefois la maison de Zasová, village de moins de 500 habitants. Cette fondation est due au rôle essentiel qu'elle joue en Moravie grâce au sanctuaire marial tenu par les religieux. Leur influence sera grande surtout dans le domaine de l'éducation de la foi catholique des Moraves, livrés à eux-mêmes par manque de prêtres et par les différentes influences filo-protestantes qui s'y manifestent. C'est justement ce rôle d'éducation qui poussera l'archevêque d'Olomütz d'accorder la licence d'établissement.

   Le second critère pour l'expansion de l'Ordre dans les États héréditaires semble avoir été l'apostolat. En effet, pratiquement toutes les fondations se situent sur une des routes empruntées pour les rédemptions. Ainsi, les différentes maisons, hospices peuvent servir d'autant de haltes, d'étapes pour permettre aux rédempteurs et aux captifs libérés de se restaurer et de se soigner. Les confréries qui naîtront autour de ces maisons s'occuperont de l'accueil des captifs et de leur santé. Vienne, Presbourg, Komarno, Belgrade, et plus tard Buda et Obuda, se trouvent toutes sur les rives du Danube faisant ainsi de ce fleuve la voie ordinaire pour la rédemption. Les maisons de Sarospatak, d'Eger et d'Alba Iulia se situent elles le long de la route terrestre vers la Valachie, permettant d'entrer ainsi en Tartarie. De plus, les maisons d'Illava et de Trnava longent la route qui mène à Kaminiek, facilitant ainsi l'entrée en Crimée. Seule la maison de Prague est en dehors de ces grandes voies d'accès vers des lieux d'apostolat rédempteur. Le choix de cette implantation semble avoir pourtant une raison apostolique. En effet, la population de Bohème et de Moravie était très sensible à la question des captifs. Lors de la première rédemption, nous avons vu la participation d'une paroisse de Prague à la récolte des fonds pour le rachat. Les rédemptions organisées après la fondation de la maison de Prague donne beaucoup de place à des soldats originaires de Bohème et de Moravie qui fournissaient à l'armée impériale d'importants régiments. Le risque de la captivité était augmenté.

   Nous avons aussi remarqué que les implantations de l'Ordre suivent les progressions de l'armée impériale et la pacification opérée par elle. La guerre civile hongroise entraînera avec elle des dragonnades. Une fois, que les autorités viennoises constatent l'échec des méthodes violentes pour amener les protestants à la foi commune, c'est-à-dire à celle de l'empereur, elles vont favoriser l'implantation de communautés religieuses. C'est ainsi, que le pouvoir central défendra en toute occasion les Trinitaires face aux critiques et menaces de magistrats protestants. En contrepartie, les religieux doivent par leur apostolat, permettre et favoriser la conversion de protestants au catholicisme. C'est pourquoi, les chroniques trinitaires tentent de montrer que les processions, l'oeuvre du rachat des captifs et l'exemple de vie des religieux servent à la "re-catholisation" de la Hongrie et des provinces influencées par les disciples de Jean Huss, de Martin Luther ou de Jean Calvin. De plus, le recul des armées ottomanes ouvre de nouveaux espaces pour des fondations. Dès la chute de Belgrade et son entrée dans la zone d'influence autrichienne par le traité de Passarowitz en 1718, une fondation trinitaire y est envisagée et réalisée.

   L'Ordre trinitaire s'est donc inscrit dans la politique religieuse globale de l'Empire. Il a donc bénéficié du soutien des plus hauts personnages de l'Empire et du royaume de Hongrie: les empereurs, les membres de la famille impériale, les membres du Conseil aulique de guerre dont le Prince Eugène de Savoie. Mais aussi du soutien des princes de l'Église comme le primat de Hongrie (Széchényi, Kollonitsch, de Saxe et Eszterházy), des évêques (Trautson, Harrach, Breüner, Matyássovski, Erdödy et Martónffi). Quand la politique religieuse de l'Empire changera sous la pression du ministre Wenzel Anton Kaunitz-Rietberg, l'empereur Joseph II supprimera l'Ordre dans les États héréditaires malgré l'apostolat qu'il exerçait au service de la société.

 

__________________________________________________

 

Annexe n° 1:
Petite chronologie du conflit austro-turc (1663-1739)

 

1663-1664:   Première guerre turque

                        Provoquée par les interventions turques et autrichiennes en Transylvanie.
                       
                       1664: bataille du Saint-Gotthard / Raab. Partage de la Hongrie.
 

 1669-1671:   Conjuration des magnats hongrois

                        Soulèvement provoqué par les persécutions anti-protestantes
                        (dragonnades, exécutions et condamnations aux galères).

                        Révolte du prince Thölköli (1656-1705) qui fait appel aux Turcs.
 

 1683-1699:   Seconde guerre turque (Grande guerre)

                        1683: Siège de Vienne et défaite turque devant les armées polonaises et impériales

                        1684: La Sainte Alliance est signée

                        1688: Libération de la Hongrie royale et prise de Budapest

                        1691: Libération de la Transylvanie et soulèvement des peuples chrétiens dans les Balkans

                        1696: Pierre le Grand prend Azov

                        1697: Eugène de Savoie remporte la bataille de Zenta

                        1699: Traité de paix de Karlowitz
 

 1716-1718:   Troisième guerre turque

                        1717: Prise de Belgrade après la victoire de Peterwardein

                        1718: Traité de Passarowitz, la plus grande expansion de l’Empire des Habsbourg.
 

1737-1739:   Quatrième guerre turque

                        1739: Traité de Belgrade avec la perte pour l’Autriche de la Serbie du Nord et de la Petite Valachie.

 

 

Annexe n° 2:
Les rédemptions de la Province entre 1691 et 1783

 

Années

                  Rédempteurs

Rachetés

 

 

 

 

1691

Maure de la Conception

  16

 

1692

Jean de Saint Augustin

  23

 

1693

Maure de la Conception

  34

 

1696

Jean de Saint Augustin

  45

 

1698

Jean de Saint Augustin

  51

 

1700

Joseph du Saint Sacrement

445

 

1703

Joseph du Saint Sacrement

  85

 

1706

Jean de Saint Félix

105

 

1709-1710

Jean de Saint Félix

124

 

1714

Joseph de Jésus-Marie

123

 

1720

Joseph de Jésus-Marie

555

 

1725

Jean de Saint Félix

220

 

1730

Michel de l'Assomption

231

 

1734

André de Sainte Gertrude

211

 

1738

Georges de Saint Joseph

  77

 

1740

Georges de Saint Joseph

330

 

1744

Ambroise de Sainte Agnès

106

 

1745

Antoine de Saint Ferdinand

  99

 

1747

Antoine de Saint Ferdinand

  81

 

1747-1750

Augustin de la  Sainte Trinité

109

 

1751

Antoine de Saint Ferdinand

  47

 

1753

Antoine de Saint Ferdinand

  77

 

1756

Xavier de Saint Jean Népomucène

  83

 

1756-1759

Joachim de Sainte Anne

  51

 

1760-1763

Bernardin de la Vierge

  63

 

1765-1768

Daniel de la Résurrection

  77

 

1768-1771

Benoît de Saint Félix

  53

 

1771-1773

Eusèbe de Saint Barthélémy

121

 

1773-1776

Barthélémy de Saint Nicolas

  63

 

1777-1780

Barthélémy de Saint Nicolas

  83

 

1780-1783

Engelbert de la Mère de Dieu

135

 

 

 

 

 

Total

31 voyages de rédemptions

3.923

 

 

 

Annexe n° 3:
Les entrées au noviciat par maison et par catégorie
avec le cumul du nombre de religieux originaires de l'Empire pour la future Province Saint Joseph (1689-1728)

 

année

Vienne

Illava

Preßburg

Prague

Tnarva

Komarno

Zasova

Départ

Total

Cumul

1689

+1   *0

 

 

 

 

 

 

    0

+1   *0

     1

1690

+3   *0

 

 

 

 

 

 

    0

+3   *0

     4

1691

+3   *1

 

 

 

 

 

 

    0

+3   *1

     8

1692

+2   *0

 

 

 

 

 

 

    0

+2   *0

    10

1693

+2   *0

 

 

 

 

 

 

    0

+2   *0

    12

1694

+3   *1

 

 

 

 

 

 

    0

+3   *1

    16

1695

+3   *3

+1   *1

 

 

 

 

 

    0

+4   *4

    24

1696

+8   *1

    0

 

 

 

 

 

    0

+8   *1

    33

1697

+1   *0

    0

 

 

 

 

 

    0

+1   *0

    34

1698

+0   *1

    0

 

 

 

 

 

    0

+0   *1

    35

1699

+5   *1

    0

 

 

 

 

 

    0

+5   *1

    41

1700

+2   *1

    0

 

 

 

 

 

    0

+2   *1

    44

1701

    0

    0

+1   *2

 

 

 

 

    0

+1   *2

    47

1702

+1   *1

    0

+1   *0

 

 

 

 

    0

+2   *1

    50

1703

    0

    0

    0

 

 

 

 

    2

    0

    48

1704

    0

    0

    0

 

 

 

 

    1

    0

    47

1705

    0

    0

    0

 

 

 

 

    0

    0

    47

1706

    0

    0

    0

 

 

 

 

    0

    0

    47

1707

    0

    0

    0

 

 

 

 

    1

    0

    46

1708

    0

    0

    0

 

 

 

 

    5

    0

    41

1709

+1   *0

    0

+5   *0

+8   *1

 

 

 

    2

+14  *1

    54

1710

+0   *1

    0

+0   *1

    0

 

 

 

    0

+0   *2

    56

1711

    0

    0

    0

    0

 

 

 

    0

    0

    56

1712

+2   *2

+1   *1

    0

+4   *0

 

 

 

    0

+7   *3

    66

1713

    0

+1   *1

+1   *2

+3   *0

+1   *0

 

 

    7

+6   *3

    68

1714

+2   *0

+1   *0

    0

+0   *1

    0

 

 

    0

+3   *1

    72

1715

+6   *1

+3   *3

+1   *2

    0

    0

 

 

    2

+10  *6

    86

1716

+2   *0

+1   *0

    0

+4   *0

    0

 

 

    1

+7   *0

    92

1717

+4   *2

+0   *2

    0

+1   *1

    0

 

 

    0

+5   *5

  102

1718

    0

+3   *4

    0

    0

    0

 

 

    2

+3   *4

  107

1719

    0

+2   *3

    0

    0

    0

 

 

    4

+2   *3

  108

1720

+12  *3

+1   *1

    0

+2   *0

    0

 

 

    2

+15 *4

  125

1721

+4   *0

+4   *0

    0

    0

    0

 

 

    2

+8   *0

  131

1722

    0

    0

    0

    0

    0

 

 

    1

    0

  130

1723

+8   *1

+5   *2

    0

+1   *0

    0

 

 

    1

+14 *3

  146

1724

    0

+8   *0

    0

    0

    0

 

 

    2

+8   *0

  152

1725

    0

+6   *1

+0   *1

    0

+1   *1

 

 

    0

+7   *3

  162

1726

    0

    0

    0

    0

    0

+0   *1

+0   *1

    0

+0   *2

  164

1727

+5   *1

+5   *1

+0   *1

    0

+1   *1

+1   *0

+4   *0

    1

+16 *4

  183

1728

    0

+1   *0

    0

    0

    0

+0   *2

    0

    3

+1   *2

  183

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

total

+80 *21

+43 *20

+9   *9

+23  *3

+3   *2

+1   *3

+4   *1

  39

+163 *59

  183

 + novices clercs
 * novices laïcs
 départ = départ + décès

 

 

Annexe n° 4:
Liste des ministres des maisons (1688-1748)

 

COMMISSAIRES GENERAUX ET PROVINCIAUX

- Joseph de la Mère de Dieu (pour la Pologne et l’Empire, 1689 -16?)
- Joseph des Anges (uniquement pour l’Empire,1695-1696)
- Joseph de la Mère de Dieu (1696- ?)
- Martin de l’Ascension (1701-1713)
- Maure de la Conception (1713-1717)
- Martin de l’Ascension (1718-    )
- Joseph de Jésus et Marie
- Jean de Saint Félix (premier provincial 1728-1731)
- Joseph de l'Ascension (provincial 1731-1734)


MAISON DE VIENNE (1688)

- Joseph de la Mère de Dieu (président, 1689-1692)
- Jean de Saint Augustin (président, 1692-1695)
- Joseph des Anges (ministre, 1695-1696)
- Joseph de la Mère de Dieu (ministre,1696-16?)
- Jean de Jésus et Marie (ministre, 1701-1704) 342
- Jean de la Nativité (ministre 1704-1707) 343
- Joseph de Jésus et Marie (ministre 1707-1710) 344
- Jean de Saint Félix (ministre, 1701-1713) 345
- Michel de l’Assomption (ministre 1713-1716) 346
- Jean de la Nativité (ministre, 1716-1719) 347
- Jean de Saint Félix (ministre, 1719-1722) 348
- Joseph de Sainte Marie (ministre, 1722-1725) 349
- Michel de l’Assomption (ministre, 1725-1728) 350
- Joseph de l’Ascension (ministre, 1728-1731) 351
- Marianus des Rois (ministre, 1738-1741)
- Antonin de Saint Ferdinand (ministre, 1741-1744)
- Rodolphe de Saint Jean Népomucène (ministre, 1744-1747)
- Dominique de Sainte Catherine (ministre de 1747)


MAISON D’ILLAVA (1695)

- Joseph du  Saint Sacrement (président, 1695-1696)
- Joseph de Jésus et de Marie (président, 1696-   )
-  Christophe de Saint François (vers 1712)
- Conrad de la Sainte Trinité (ministre, 1713-1716) 352
- Etienne de la Résurrection (ministre, 1716-1719) 353
- Joseph de Sainte Marie (ministre, 1719-1722) 354
- Joseph de l’Ascension (ministre, 1722-1723) 355
- Etienne de la Résurrection (ministre, 1725-1728) 356
- Marianus des Rois (ministre, 1728-1731) 357
- Georges de Saint Joseph (ministre, 1731-1734)
- Etienne du Saint Sacrement (ministre, 1738-1741)
- Hyacinthe de la B. Vierge (ministre 1741-1744)
- Bonaventure de Saint Léopold (ministre, 1744-1747)
- Georges de Saint Joseph (ministre, de 1747)


MAISON DE PRESBOURG (1697)

- Michel de l’Assomption (1697-? )
- François de la Mère de Dieu (1699-? )
- Martin de l’Ascension
- Emmanuel de Sainte Marie (ministre en 1709)
- Christophe de Saint François (ministre, 1719-1722) 358
- Etienne de la Résurrection (ministre, 1722-1725) 359
- Christophe de Saint François (ministre, 1725-1728) 360
- Nicolas de Saint Félix (ministre, 1728-1731) 361
- Constantin de la Conception (ministre, 1731-1735)
- Léandre de Saint Michel (ministre, 1735-1738)
- Antonin de Saint Ferdinand (ministre, 1738-1741)
- Emeric de Saint Alexis (ministre, 1741-1744)
- Hyacinthe de la B. Vierge (ministre, 1744-1747)
- Joachim de Sainte Anne (ministre, 1747-1750)
- Bonaventure (ministre, 1750-1753)
- Bartholomée de Saint Nicolas (ministre, 1753-1756)
- Xavier de Saint Népomucène (ministre, 1756-1759)
- Séverin de Saint Joseph (ministre, 1759-1762)
- Léopold de la Trinité (ministre, 1762-1765)
- Frédéric du Nazaréen (ministre, 1765-1768)
- Léopold de l’Ascension (ministre, 1768-1771)
- Ernö de la Déposition (ministre, 1771-1773)
- Eusèbe de Saint Barthélémy (ministre, 1773-1774)
- Rupert de la Trinité (ministre, 1774-1777)
- Héliodor de Sainte Marie (ministre, 1777-1778)
- Christian de la Trinité (ministre, 1778-    )


MAISON DE PRAGUE (1707)

- Conrad (président 1708- ? )
- Michel de l’Assomption (ministre, 1719-1722) 362
- Boniface de Jésus (ministre, 1722-1725) 363
- Joseph de l’Ascension (ministre, 1725-1728) 364
- Wenceslas de Saint Augustin (ministre, 1728-1731) 365
- Pierre de Sainte Barbe (ministre, 1731-1735)
- Stanislas de Jésus (ministre, 1738-1741)
- Chrysostome de Saint Augustin (ministre, 1741-1744)
- Cyrille de Saint Méthode (ministre, 1744-1747)
- Marianus des Rois (ministre de 1747)


MAISON DE TRNAVA (1712)

- Joseph de Sainte Marie (président, 1712-1719)
- Antoine de Jésus (président, 1724- ? )
- Andréa de Sainte Gertrude (ministre, 1725-1728) 366
- Emeric de Saint Alexis (ministre, 1728-1731) 367
- Augustin de la Trinité (ministre, 1735-1738)
- Aloyse de Saint Ignace (ministre, 1741-1744)
- Salomon de la Sainte Trinité (ministre, 1744-1747)
- Hermelandus de Saint Jean Népomucène (ministre de 1747)


MAISON DE KOMÁRNO (1714)

- Jean de Saint Félix (président, 1714- ? )
- Joseph de Saint Bernard (président, 1717? - ?)
- Joseph de l’Ascension (président, 1720-1722)
- Emeric de Saint Alexis (président 1723-1724)
- Pierre de Saint Michel (président 1724-1728)
- Pierre de Saint Michel (ministre, 1728-1731) 368
- Jean de Saint Félix (ministre, 1731-1734)
- Jean des Anges (ministre, 1735-1738)
- Aloyse de Saint Ignace (ministre, 1738-1741)
- Léonard de Saint Antoine (ministre, 1741-1744)
- Cyprien de la Sainte Trinité (ministre, 1744-1747)
- Maurice de Saint Jacques (ministre de 1747)
- Daniel de la Résurrection (ministre, 1760-   )
- Edouard (ministre, 1772-1775)
- Berthold de la Conception (ministre, 1775-1783)


MAISON D’ALBA IULIA (1716)

- Jean des Anges (président, 1729-1735)
- Aloyse de Saint Ignace (président, 1735-1738)
- Thaddée de Saint Christophore (président, 1740-1741)
- Ermenegilde de Saint Bernard (président, 1741-1744)
- Roch de Saint Etienne (président, 1744-1747)
- Bartholomé de Saint Nicolas (président de 1747)


MAISON D’EGER (1717)

- Emeric de Saint Alexis (président, 1717-1723 ?)
- Marianus des Rois (président, 1722)
- Georges de Saint Joseph (président, 1723-1731)
- Emeric de Saint Alexis (président, 1731-1735)
- Marianus des Rois (président, 1735-1738)
- Salomon de la Sainte Trinité (président, 1738-1740)
- Salomon de la Sainte Trinité (ministre, 1740-1744)
- Ermenegilde de Saint Bernard (ministre, 1744-1747)
- Xavier de Saint Jean Népomucène (ministre de 1747)
 

MAISON DE BELGRADE (1718)

- Augustin de la Sainte Trinité (président, 1723-1725)
- Pierre de Sainte Barbe (président, 1725-1728)
- Constantin de la Conception (ministre, 1728-    ) 369
- Léandre de Saint Michel (ministre, 1738-1741)


MAISON DE CONSTANTINOPLE (1723)

- André de la Nativité (président, 1723-1724)
- Jean de Sainte Agnès (président, 1724- ? )
- Cyprien de la Sainte Trinité (président, 1740-1744)
- Maurice de Saint Jacques (président, 1744-1747)
- Antonin de Saint Ferdinand (président de 1747)


MAISON DE ZASOVÁ (1724)

- Michel de Saint Joseph (président, 1725)
- Marianus des Rois (président, 1725-1728)
- Ambroise de Saint Ignace (ministre, 1728-1731) 370
- Jean des Anges (ministre, 1738-1741)
- Cyrille de Saint Méthode (ministre, 1741-1744)
- Coloman de Saint François (ministre, 1744-1747)
- Michel de Saint Félix de Valois (ministre de 1747)

 

__________________________________________________


 

BIBLIOGRAPHIE


A. Bibliographie générale

- BALANYI G., Histoire des Ordres religieux de Hongrie , 1923.

- BALARD M., Notes sur les ports du Bas-Danube au XVème s. , in Südost-Forschungen  [1979].

- BELIN Fr.-A., Histoire de la latinité de Constantinople , Paris 1894.

- BENNASSAR B. et L., Les chrétiens d’Allah , Paris 1989.

- BERENGER J., Histoire de l’Empire des Habsbourg 1273-1918 , Paris 1990.

- BERENGER J., Lexique historique de l’Europe danubienne , Paris 1976.

- Bibliographia Hungarica , Berlin 1923-28, 3 vol.

- BOD, Historia Hungarorum ecclesiae , Leiden 1888-90, 3 vol.

- BONO S., Corsari nel Mediterraneo, Cristiani e musulmani fra guerra, schiavitù e commercio , Milan 1993.

- BOWEN H. et GIBB A.R., Islamic Society and the West , Oxford 1950.

- BRUNO P., Ambassadeurs de France et Capucins français à Constantinople au  XVIIème siècle, d’après le journal du P. Thomas de Paris , Etudes franciscaines  XXIX-XXXI [1913-1914].

- BRUNSCHVIG R., article ‘abd , in Encyclopédie de l’Islam

- BUNYITAI-RAPAICS-KARACSONYI, Monum. eccl. tempora innovatae in Hungaria religionis illustrantia, 1902-12, 5 vol.

- CARSTEN Fr.-L., La supremazia della Francia 1648-1688 , in Storia del Mondo moderno  V, Rome 1968.

- Codex Austriacus , 2 vol. Vienne 1705.

- DUFOURCQ Ch.-E., La vie quotidienne dans l’Europe sous domination arabe , Paris 1978.

- ECK O., Seeräuberei im Mittelmeer , Münich-Berlin 1940.

- FISCHER L., Brevis notitia urbis veteris Vindobonae ex variis documentis collecta, Vienne 1764.

- FRASS O., Quellenbuch zur österreichischen Geschichte, II, Wien 1959.

- GIBB A.R. et BOWEN H., Islamic Society and the West , Oxford 1950.

- GORDON M., L’esclavage dans le monde arabe (VII-XXème s.) , Paris 1987.

- HAMMER J. VON, Histoire de l’Empire ottoman , trad. franç. Paris 1835-1843.

- HOMSY B., Les capitualtions et la protection des chrétiens au Proche-Orient aux  XVI-XVII et XVIIIème siècles , Paris 1956.

- Katholikus Lexicon , Budapest 1931-1933, 4 vol.

- KLEINDEL W., Die Chronik Österreichs , Vienne 1984.

- KNAUTZ N., Monumenta ecclesiae Strigoniensis..., Esztergom 1874-1882.

- LE FAIVRE A., Les Magyars pendant la domination ottomane en Hongrie (1526-1722) , Paris 1902, 2 vol.

- LEVY R., An introduction to the sociology of Islam , I, Londres.

- MANTRAN R., Histoire de la Turquie , Paris 1961.

- MANTRAN R., Istambul dans la seconde moitié du XVIIème siècle, Paris 1962

- MAURER J., Leopold Graf Kollonitsch, Primas von Ungarn. Sein Leben und Wirken , Innsbruck  1887.

- MOURRE, Dictionnaire encyclopédique d’histoire , Paris 1996, 5 vol.

- NORADOUNGHIAN G. E., Recueil d’actes internationaux de l’Empire ottoman, Paris 1900-1903, 4 vol.

- NOUZILLE J., Histoire de frontières, l’Autriche et l’Empire ottoman , Paris 1991.

- NOUZILLE J., Le prince Eugène de Savoie et les problèmes des confins militaires  autrichiens 1699-1739 , Thèse de doctorat, Strasbourg 1979.

- PASTOR L. VON, Storia dei papi dalla fine del Medio Evo , vol XIV parte II: Innocenzo XI,  Alessandro VIII, Innocenzo XII (1676-1700) , Rome 1943.

- RÁKÓCZI François II, Autobiographie d’un prince rebelle. Confession et mémoires, Budapest 1977.

- REDLICH O., Österreichs Grossmachtbildung in der Zeit Kaiser Leopolds I. , Gotha 1921.

- SOURDEL D. et SOURDEL J., Dictionnaire historique de l’Islam , Paris 1996.

- TAPIE V.-L., Les Etats de la maison d’Autriche de 1657 à 1790 , Paris, C.D.U., [s.d.].

- TAPIE V.-L., Monarchie et peuples du Danube , Paris 1969.

- TAPIE V.-L., Europe et chrétienté. Idée chrétienne et gloire dynastique dans la  politique  européenne au moment du siège de Vienne  , in Gregorianum [1961] vol.  XLII, 2, pp. 268-289.

- TESTA I. DE, Recueil des traités de la Porte ottomane avec les puissances étrangères, IX: avec l'Autriche-Hongrie , Paris 1898.

- VERLINDEN Ch., L’esclavage du Sud-Est et de l’Est européen en Europe orientale à  la fin du  Moyen Age  , in Revue historique du Sud-Est européen  XIX [1942], 18-29.

- ZEYS, Esclavage et guerre sainte , Paris 1900.


B. Bibliographie sur la Province trinitaire de saint Joseph.

- ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, Crónica de los Descalzos de la SS. Trinidad  R.C. , Parte III, Madrid 1707.

- ANTONINO DE LA ASUNCION, Catalogus scriptorum qui extra hispaniam Floruere, supplément à Diccionario de Escritores Trinitarios de España y Portugal , Rome 1898.

- ANTONINO DE LA ASUNCION, Monumenta OSST ad Provinciam S. Joachim et S. Joseph spectantia , Rome 1911.

- ANTONINO DE LA ASUNCION, Arbor Chronologica  Ordinis Excal. Sanctissimae Trinitatis , Rome 1894.

- Austria Sacra , vol. VIII, Vienne 1784.

- BARANYAY J., A komáromikörösztös barátok , in Komáromi Lapok   [21 juin 1941].

- BARTHOLOMAEUS A S. NICOLAO, Catalogus Captivorum Christianorum quos Provincia S. Josephi... ab anno 1773 usque ad annum 1776 tum Algerii in Africa  tum in Turcia Europaea et Asiatica... ad recuperandum libertatem adjuvit , Vienne [s.d.].

- BERNARDINUS A B. VIRGINE, Catalogus Captivorum Christianorum quos Provincia  S. Josephi... ab anno 1771 usque ad annum 1773 tum Africanis in oris... tum in Turcia Europaea et Asiatica aut... nativae libertati restituit aut... ad eam recuperandam  adjuvit , Vienne [s.d.].

- Catalogus captivorum ex Turcia et Tartaria Dudziakensi Redemptorum (1714) , Rome [s.d.].

- Catalogus religiosorum qui in Provincia S. Joseph in vivis degunt (a. 1748)

- Catalogus scriptorum Prov. S. Joseph. ,

- CAPRA E., Discorso in occasione degli schiavi liberati et condotti da Costantinopoli a Venezia... La Vigilia della Pentecoste 1727..., [s.l.; s.d.].

- CRISTOVAL DE LA ANUNCIACIÓN, Panegyrico Triunfal. Accion de Gracias...en la Iglesia de los RR.PP. Trinitarios Descalços... de Viena, por la dischosa Reducción del Reyno de Nápoles... el dia 7 de agosto 1707 , Vienne 1707.

- DAN P., Histoire de Barbarie et de ses Corsaires , Paris 1637.

- DESLANDRES P., L’Eglise et le rachat des captifs , Paris 1902.

- Discorso e catalogo degli schiavi redenti dall’anno 1750 fino al corrente 1764 in Costantinopoli, Algeri, Tunis e Tripoli da PP. Trinitari Scalzi del Riscatto degli Schiavi di reale convento di S. Maria di Caravaggio in Monforte , Milan 1764.

- DOMONKOS J., A Szentháromság Rabkiváltó Rendje, a Trinitárius szerzetesek  magyarországi szerepe , in Egyházak a változó világban , Esztergom 1991, 273-276.

- ENGELBERTUS A MATRE DEI, Catalogus Christianorum cum redemptorum tum  Adjutorum quos... Provincia Josephina PP. Trinitariorum... ab anno 1780 usque ad mensem aprirem [sic!] 1783 dura captivitate in Barbaria quam Turcia... exemit aut...eripuit, adjuvit ac necessariis provisos ad patriam remessit , Vienne [s.d.].

- FALLENBUCHL F., A rabváltó Trinitárius szerzetesek Magyarországon , Budapest 1940.

- FUHRMAN M., Historische Beschreibung une kurzgefasste Nachricht von der Römis. Kais. und Kön. Residenz-Stadt Wiens , Vienne 1767-1770

- GMELIN M., Die Trinitarier in Österreich , pp. 339-406.

- GURA H., Das ehemalige Trinitarierklöster in Prag, in Dreifaltigkeitsbote  3 [1935], pp. 70-75.

- HEIMBUCHER, Die Orden und Kongregazionen der Katholische Kirche I,

   Paderbord 1896

- Instructio novitiorum , Vienne 1710.

- JEHANNOT, Voyage de Constantinople pour le rachat des captifs , Paris 1732.

- JOANNES A S. FELICE, Annalium Prov. S. Joseph O.D.SS.T. Libri  X , Vienne 1739.

- JOANNES A S. FELICE, Triumphus misericordiae , id est Sacrum Ordinis SS  Trinitatis Institutum Redemptio Captivorum , Vienne 1704.

- JOSEPHUS A JESUS MARIA, Catalogus Captivorum ex Turcia et Tartaria

   Budziackensi Redemptorum , Rome 1715.

- JOSEPHUS A S. MARIA, Captivus redemptor. Vita et res gestae V.P. Fr. Joannis a Jesu Maria Ordinis Excalceatorum SS. Trinitatis Red. Captivorum , Trnava 1743.

- JOSEPHUS A SS. SACRAMENTO, Relatio Austriacae Redemptionis Captivorum in Constantinopolitana Civitate peractae Anno Jubilei MDCC , Rome 1700.

- JUAN DE S. PABLO, Libro en que se da noticia a los PP. Procuradores generales del estado que tienen los negocios en esta corte romana , 1704.

- KALCHER N., Dreifaltigkeitkirche. Der Minoriten in Wien , Vienne 1984.

- KNECHT Th., Les Trinitaires: huit siècles d’histoire , Paris 1993.

- KOPALLIK J., Regesten zur Geschichte der Erzdiözese Wie , t. 1: Regesten zur Geschichte der Aufgehobenen Klöster Wiens ,Vienne 1890.

- KRALIK  R. VON, Geschichte des Trinitarierordens , Vienne 1920.

- KRATZ A., Christentum und Sklaverien , Vienne 1926.

- LUCAS VON  HEILIGEN  NICOLAO, Stemmatographia Trinitaria oder Stammen-Buch des Ordens der Allerheiligisten Dreifaltigkeit , Regensburg 1730.

- LUDVIK M., Die Statuen der hl. Gründer des Trinitarier-Ordens auf der Karlsbrücke in Prag, in Dreifaltigkeitsbote 1 [1929], pp. 9-11.

- MARIANUS A S. STANISLAO, Hypomnema Ord. Dis. SS. Trin. R.C. in inclytum regnum Poloniae introducti, Varsoviae 1753, 854 p.

- MICHAEL A S. JOSEPH, Notitia Captivorum in Tartaria Redemptorum a S. Ordine Excal. SS. Trinitatis Congregationis Hispaniarum , Rome 1720.

- MICHELE DELL’ASSUNZIONE, Redemptiones Captivorum Constantinopoli et Tripoli  liberatorum  per familiam Redemptricem Discalceatorum SS. Trinitatis Provinciarum Germaniae et Status Veneti , [s.l., s.d.].

- NÁDOR E. et WEYDE G., Die zweihundertjährige Dreifaltigkeitskirche in Pressburg 1725-1925 , Bratislava 1925.

- NÁDOR E.,Von der ehemaligen Klosterniederlassung der Trinitarier in Presburg , in Dreifaltigkeitsbote  4 [1935], pp. 105-107.

- NICOLAUS A VIRGINE, Bullarii O.SS.T., R.C., tomus secundus, sive tertia pars..., Pampelune 1781.

- PIRY C.,Visszaemlédezés a fogolykiváltó szerzetesek müködéseire, in Religio 29 [1856], 237-239.

- PORRES B., Actividad redentora de los Trinitarios , Antequera 1966.

- PUSKELY M., Keresztény szerzetesség , vol. II, Budapest 1995.

- Redemptiones captivorum Constantinopoli et Tripoli liberatorum per FamiliamRedemptricem  Discaceatorum SSme Trinitatis Provinciarum Germaniae et Status Veneti. Quas S.D.N. Clementi XII (1725-1730) , Rome 1730.

- SCHUMACHER N., Die Dreifaltigkeitssaüle in Wien , in Dreifaltigkeitsbote  3 [1927], pp. 72-76.

- SIGUT Fr., Poutní místo Zasová , ms.

- TEUBER O., Die Trinitarier in Wien , Vienne 1902.

- VALENTINO DI S. ERMENEGILDO, Catalogo de cristiani schiavi riscattati dalla Provincia di S.  Giuseppe... dall’anno 1760 fino al 1763, tanto nella Turcia Europea e Asiatica, quanto nella Tartaria e Barbaria..., Rome 1764.

- VRANECKA J., Chroniques du sanctuaire de Zasová , ms.

- WEYDE G. et NÁDOR E., Die zweihundertjährige Dreifaltigkeitskirche in Pressburg 1725-1925, Bratislava 1925.

 

________________________________________________________________________________


 

NOTES

1.   Drang nach Südosten  = Marche vers le Sud-Est.

2.   BENOIT XIII, Bref Sacrosanctum Apostolatus officium  (14 août 1727).

3.  Une étude de J. NOUZILLE, Histoire de frontières, l'Autriche et l'Empire ottoman , Paris 1991, nous montre que pour protéger leurs frontières méridionales de la menace turque, les Habsbourg mirent progressivement en place un système original. Ils utilisèrent des populations slaves qui fuyaient la domination ottomane. Les confins militaires autrichiens devinrent ainsi une zone tampon de 30 km de large et de 1000 km de long entre les deux empires.

4 J.-L. BACQUE-GRAMMONT, L'apogée de l'Empire ottoman (1512-1606), in R. MANTRAN, Histoire de l'Empire Ottoman , Paris 1989, pp. 145-146.

5.   Pressburg en allemand, Bratislava en slovaque, Pozsony en hongrois.

6.   J. AMSTADT, Die k.k. Militärgrenze 1522-1881 , Wurzbourg 1969, p. 102.

7.  Innocent XI chercha à travers sa diplomatie deux buts: la paix entre les puissances chrétiennes et la création d'une ligue contre les Turcs regroupant les Perses, les Moscovites, les Polonais, les impériaux, les Français, les Romains, les Maltais, les Florentins, les Génois et les Espagnols: cf. PASTOR, Storia dei papi , XIV, II, p. 34. Pour Innocent XI, il n'y a qu'une seule question politique: le péril turc, toutes les autres sont liées à celle-ci (Ibid. , pp. 90-91).

8 Malgré l'opposition de son alliée la France, Jean III Sobieski interviendra pour libérer Vienne assiégée (fruit de la politique d'Innocent XI et de ses légats à Vienne et à Varsovie). L'alliance entre l'Empereur et le roi de Pologne est signée devant la Diète polonaise le 18 avril 1683, date de la marche des troupes ottomanes sur Belgrade (lbid. , p. 120)

9.  Christine de Suède écrivait: "Pour sauver Vienne, il faudrait un miracle aussi grand que celui de la Mer Rouge" et le nonce à Vienne, le cardinal Buonvisio écrivait au cardinal Cybo: "Après Vienne, Rome !"

10 Sobieski écrira à la reine Marie-Casimira au lendemain de la bataille: "Vienne n'aurait pas pu tenir encore cinq jours, le palais impérial est perforé de projectiles, les bastions ruinés et minés de par le bas avaient un aspect qu'on pouvant craindre le pire. Ce ne sont qu'un grand ramassis de pierre. Toutes les troupes ont fait avec zèle leur devoir. Tous inscrivent la victoire à Dieu et à moi": PASTOR, op. cit. , XIV, II, p. 130. Il y eut 10 000 cadavres turcs et 2 000 des forces chrétiennes qui restèrent sur le champ de bataille. Le butin était important: 117 canons, 15 000 tentes dont celle du vizir avec tout son faste, 10 000 boeufs et chameaux et 500 enfants chrétiens.

11 L'envoyé du roi de Pologne était Jean Casimir Denhoff, futur cardinal et l'instigateur de l'installation des trinitaires en Pologne.

12. Un excellent article de Tapié nous montre comment la question de la reconquête chrétienne a été vécue par les Maisons princières (Pologne, Autriche, Lorraine, Bavière etc...) comme une gloire dynastique. cf. V.-L. TAPIE, Europe et chrétienté. Idée chrétienne et gloire dynastique dans la politique européenne au moment du siège de Vienne (1683), in Gregorianum  1961, vol. XLII, 2 pp. 268-289.

13.  cf. J. NOUZILLE, Un combat pour l'Europe, le siège de Vienne en 1683 , in Les relations franco-autrichiennes sous Louis XIV, Siège de Vienne 1683 , Saint-Cyr 1983, p. 34.

14.  Le duc Charles V de Lorraine remporte la victoire de Vac, le 20 juin 1684, et entreprend le siège de Buda. Mais le siège doit être levé à la fin d'octobre car l'armée impériale est décimée par la maladie. En quelques semaines, 20 000 hommes et 30 000 chevaux meurent devant Buda.

15.  cf. J. NOUZILLE, Les Impériaux et la reconquête de la Hongrie , in Cahiers d'études hongroises , Paris 1989, n°1 pp. 16-35.

16. cf. J. NOUZILLE, Charles V de Lorraine, les Habsbourg et la guerre contre les Turcs , in Les Habsbourg et la Lorraine , Nancy 1988, p. 119.

17. cf. J. NOUZILLE, Le prince Eugène de Savoie et les problèmes des confins militaires autrichiens 1699-1739 , Thèse de doctorat, Strasbourg 1979.

18 HÖRNIGK VON Ph.-Guillaume, Österreich über alles, wenn es nur will , Wien 1684.

19. II établira une administration centrale que nous retrouverons dans la suite de notre étude. La GEHElMER RAT  (Conseil secret) composé du Hofhochmeister  (président du Conseil), du Vice-Chancelier de la Cour et de deux ou trois conseillers appelés Vertrauensmänner . Puis nous avons la HOFKANZLEI  (Chancellerie Aulique ou de la Cour) qui s'occupe des affaires intérieures et surtout des États héréditaires d'Autriche qu'il ne faut pas confondre avec la REICHKANZLEI  (Chancellerie impériale). Il existe aussi la HOFKAMMER  (Chambre Aulique ou de la Cour) pour les finances et la HOFKRIEGSRAT  (Conseil aulique de guerre) regardant les questions militaires et les relations diplomatiques avec la Porte: Storia del mondo moderno  V, Rome 1968, pp. 623-624.

20.  Lors du consistoire de 1685, sont aussi élevés à la pourpre cardinalice Léopold von Kollonitsch (évêque de Raab en Hongrie) et Opisio Pallavicini (nonce à Varsovie). De chaque cardinal on pourra trouver une notice biographique dans PASTOR, Storia dei papi , XIV, II, pp. 307-308.

21. Jean Casimir Denhoff était abbé de Mogila, évêque de Cesenatico et Protecteur (Commodore  ?) de l'Hôpital du Saint Esprit de Saxe (Rome). Il sera inhumé dans la crypte de San Carlino alle Quattro Fontane.

22. Maison fondée par les Trinitaires déchaussés espagnols en 1612 sous l'instigation du réformateur saint Jean-Baptiste de la Conception.

23. Cf. Principios de la fundación de los conventos nel Reyno de Polonia y Ducato de Lithuania y otras cosas memorables, 2r. Rome, A.S.C., ms. in leg. 14.

24. Antoine de la Conception est Ministre général de l'Ordre de 1671 à 1677 et de 1680 à 1685.

25. Jean III Sobieski donne son accord au projet de Jean Casimir Denhoff par l'intermédiaire d'André Christophe Zaluski, chancelier de la Reine et évêque de Kiev. Le cardinal en informera personnellement le Procureur et le Ministre général.

26. Jean de Saint Antoine était jusqu'alors ministre du couvent royal de Grenade et il occupera de 1693 à 1695 la charge de Vicaire général, puis de 1695 à 1701 la magistrature suprême.

27. II y a une différence d'un mois dans la date de départ donnée par MARIANUS DE S. STANISLAS, Hypomnema O.SS.T. , qui parle du 7 novembre 1684 tandis que le manuscrit relatant le voyage intitulé Principios de la fundación ... donne comme date le 8 décembre 1684 (fol. 2 v.). Les deux documents sont d'accord pour la date d'arrivée à Rome le 8 janvier 1685 après une traversée difficile.

28. INNOCENT XI, bref du 14 avril 1685 adressé à Jean III Sobieski, in L. REINES, Bullarium  III, pp. 185-186 et le bref du 14 avril 1685 adressé à la reine de Pologne Marie Casimira, in L. REINES, Bullarium  III, pp. 186-187.

29. (1) Il leur recommande de se garder de la vodka, de ne pas manger à l'extérieur de leur maison, de ne pas se rendre à la cour du roi ou chez les Grands du royaume et de ne pas imiter les vices des nobles. (2) Ils doivent être sobres dans leur alimentation et consommation de vin; il leur demanda de s'installer dans les grandes villes. (3) Il leur défend de s'installer dans les palais. (4) II leur conseille de ne pas accepter de maisons dans les hameaux et petites villes. (5) II leur recommande la prudence dans la direction des âmes et de promouvoir le culte de la Vierge et d'encourager la prière pour le pays. (6) II leur dit comment aborder hommes et femmes. (7) Ils doivent éviter de s'impliquer en politique, traiter avec respect les religieux des autres ordres sans pour autant les imiter, et par dessus tout les évêques, honorer les Jésuites sans s'y soumettre.

30. Ms. Principios de la fundación de los conventos de Polonia y Ducato de Lithuania y otras cosas memorables, Rome, A.S.C. leg. 14.

31. Ibid., fol. 3r.

32 Ibid., fol. 3r. Les cardinaux Carlo Barberini et Cybo préparent les lettres de recommandations.

33.  Ils arrivent à Venise le 25 mars où ils célébreront la messe de l'Annonciation. Ibid., fol. 4r.

34. SACRÉE CONGRÉGATION DES RITES, Décret du 26 janvier 1686,  in NICOLAUS A VIRGINE, Bullarium O.SS.T. , pp. 49-50.

35 Principios de la fundación de los conventos de Polonia y Ducato de Lithuania , fol. 4r.

36. Stanislas Witwicki de Luck, Jean Stanislas Zbaski de Przemysk, Jean Malachowski de Cracovie, et Nicolas Poplawski.

37. Léopoli aujourd'hui Lvov en Ukraine. L'Ukraine était partie intégrante du Grand Duché de Lituanie.

38. Le nonce Pallavicini alloue une dotation annuelle de 600 zlotys, l'évêque de Luck donna 600 zl. celui de Przemysk 300 zl., l'abbé de Szczuka 300 pour le restant de sa vie, l'évêque Malachowski de Cracovie donna 1000 zl. et en promit 9000 autres, le chapitre de Cracovie fit également une donation.

39. Manuscrit intitulé Difficultates occurrentes... ut non incorporetur monasterio religiosorum .

40. Considerationes...

41. MARIANUS DE S. STANISLAS, Hypomnema O.SS.T. , p. 263.

42. Léopoli, Cracovie, Stanislawów, Beresteczko, Varsovie, Halicz, Antokol, Werko, Kamieniec Podolski, Orsza, Luck, Tomaszów, Brzesc, Lublin, Krotoszyn Brahilow, Bursztyn, Czolhan.

43.   Cf. Lettre du Ministre général au Procureur de l'Ordre (Madrid, 31 octobre 1686): Rome, A.S.C. leg. 14/2 doc.

44.  Cf. Lettre d'Anne d'Autriche à son frère Léopold Ier (Madrid, 26 novembre 1686): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

45.  La demande de retour en Espagne de Jean de Saint Antoine sera formulée après l'installation du Saint-Sacrement dans la maison de Léopoli (14 juillet 1686). Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, Crónica de los Descalzos..., III, p. 183.

46 Le Ministre général annonce le départ de Jean de Saint Antoine pour Vienne, cf. lettre adressée au Procureur (Madrid, 29 mai 1687): Rome, A.S.C., leg. 14 / 2, doc. 13. Jean de Saint Antoine est arrivé dans la capitale au début de juin, cf. lettre de Jean de Saint Antoine au Procureur (Vienne, 8 juin 1687): Rome, A.S.C., leg. 14 / 3, doc. 2.

47 Cf. Lettre du Ministre général au Procureur de l'Ordre (Madrid, 31 octobre 1686): Rome, A.S.C., leg. 14 / 2 doc. 3; et cf. Lettre du Ministre général au Procureur de l'Ordre (Madrid, 9 janvier 1687): Rome, A.S.C., leg. 14 / 2, doc. 4.

48.  Cf. Lettre du Ministre général au Procureur (Madrid, 29 mai 1687): Rome, A.S.C., leg. 14/2, doc. 13.

49 Le nom de Jean de Saint Augustin apparaît pour la première fois dans la lettre du 6 février 1687, in Rome, A.S.C., leg. 14 / 2 doc. 6. Celui de Thomas de Saint Joseph dans celle du 6 mars, in Rome, A.S.C., leg. 14 / 2 doc. 8. Et enfin celui de Michel de Sainte Marie dans celle du 3 avril, in Rome, A.S.C., leg. 14 / 2 doc. 10.

50 Cf. Lettre du Ministre général au Procureur de l'Ordre (Madrid, 31 octobre 1686), Rome, A.S.C., leg. 14 / 2 doc. 3.

51 Cf. Lettre du Ministre général au Procureur (Madrid, 6 mars 1687): Rome, A.S.C., leg. 14/2 doc. 8.

52.   Cf. Lettre du Ministre général au Procureur (Madrid, 3 avril 1687): Rome, A.S.C., leg. 14/2 doc. 10.

53 Le projet initial du cardinal Léopold von Kollonitsch était de fonder en Hongrie et de ne construire qu'un hospice à Vienne. Mais ce projet sera refusé par l'empereur. Cf. R. VON KRALIK, Geschichte des Trinitarierordens , p. 58.

54.  Cf. Lettre de Dominique Marie de Marinis au provincial de la Compagnie de Jésus pour l'Autriche Adam Aboëdt (Rome, 20 avril 1687): Rome, A.S.C., leg. 52.

55. Cf. Lettres de Tirso Gonzalez de Santalla, Préposé général de la Compagnie de Jésus, à Christophe Stettinger (confesseur de l'empereur, Rome le 26 juillet 1687); à Balthasar Müller (confesseur de l'impératrice, Rome le 15 août 1687); à Michel Mayr (ou Marek  ?, supérieur de la maison de Vienne, Rome le 15 août 1687); à François Voglmayr (recteur du collège de Vienne, Rome le 15 août 1687), in JOANNES A S. FELICE, Annalium..., pp. 25-28.

56 Cf. Lettre du cardinal Francesco Buonvisio, nonce à Vienne, au cardinal Cybo, Secrétaire d'État (Vienne, 20 avril 1687): Rome, A.S.C., leg 52.

57.  Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 32.

58..  Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 33.

59.  Mémorandum signé par Jean de Saint Augustin adressé à l'empereur Léopold Ier (Vienne, 7 avril 1688): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

60.  Cf. Lettre commune des supérieurs des ordres mendiants adressée au Consistoire épiscopal du diocèse de Vienne (Vienne, 26 avril 1688): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

61.  Lettre de Marin gardien du couvent des Capucins adressée au Prince-évêque de Vienne (Vienne, 10 mai 1688): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

62.  Lettre des Jésuites Michael Marek (préposé de la maison des profès), Ferdinand Acatius (recteur du Collège) et Michael Codella (recteur de Sainte Anne) au Prince-évêque (Vienne, 28 mai 1688): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

63.  Lettre d'Adolphe de Sainte Marie, prieur des Carmes déchaux au Prince-évêque de Vienne (Vienne, 3 juillet 1688): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

64.  Lettre des Barnabites au Prince-évêque de Vienne (Vienne, sd. précise): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

65.  Lettre de frère Antoine Frarich, prieur des Dominicains adressée au Prince-évêque de Vienne (Vienne, sd. précise): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

66.  Rapport du sénat de la ville de Vienne adressé au Conseil aulique (Vienne, s.d. précise, 1688): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map. 36.

67  Cf. R. VON KRALIK, op. cit. , p. 58.

68.  Décret impérial du 19 novembre 1688: Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map 36.

69.  Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit. , III, p. 184.

70.  Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 46.

71.  Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 47.

72.  Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit. , III, p. 185.

73 Les noms qui nous sont parvenus sont Joseph de la Mère de Dieu, Jean de la Croix, Ildefonse de Saint Joseph, Alphonse du Très Saint Sacrement. Joseph des Anges et Michel de l'Assomption n'arriveront qu'en juin 1690. Martin de l'Ascension rejoindra la communauté le 17 juillet et Joseph de Jésus-Marie le 4 octobre. Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit. , III, p. 185. Selon cet auteur, les six premiers religieux assistaient à la célébration du 30 avril 1689. Tandis que Jean de Saint Félix donne pour date d'arrivée que le 18 juin. Nous avons opté pour cette dernière date vu la fiabilité des renseignements donnés par ce chroniqueur face à ceux d'Alexandre de la Mère de Dieu où nous avons pu déjà observer des erreurs importantes. Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., pp. 60-61.

74 Le chapitre général octroie tout pouvoir à Joseph de la Mère de Dieu pour le développement de l'Ordre en Pologne et dans l'Empire lors de sa séance du 5 mai 1689. Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit. , III, p.186.

75.  Le maître-autel était orné d'une Trinité sur le modèle de la colonne du Graben et offert par le cardinal von Kollonitsch. Trois autres autels latéraux dédiés au Christ crucifié, un à la Vierge de Grâce et le troisième au Nazaréen ont été offerts respectivement par la comtesse Sinzendorf, Anna Maria Giltrota et les frères d'Espagne. Au pied de la statue de frère Jean on trouve écrit fidei catholicae propugnator, marianae puritatis doctor, ornamentum trinitariae familiae, et captivorum christianorum liberator . Cette première église n'est en réalité qu'une chapelle et forme la sacristie de l'église actuelle et après la fin des gros travaux pour la construction du couvent on entreprendra la construction l'église actuelle commencée en 1695. N. KALCHER, Dreifaltigkeitskirche. Der Minoriten in Wien , pp. 3-7.

76 Les religieux peuvent construire gratuitement un couvent et une église sur les anciennes écuries impériales détruites lors du siège. Ce décret sera confirmé le 3 janvier 1690 par le tenant des livres de la Cour Sébastien Ostmann. Cf. Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map 36.

77.  La première pierre porte cette inscription: Anno Domini M.DC.XC. Die XXIV. Maii Fuit Positus Iste Lapis In Constructionem Conventus Fratrum Excalceatorum Ordinis Sanctissimae Trinitatis Redemptionis Captivorum . Cf. relevé personnel.

78 Cf. Lettre de l'empereur Léopold Ier au roi d'Espagne (Vienne, 20 mars 1694): Wiener Stadt-und Landesarchiv, reg. Klosterrat 373, map 36.

79 Cf. relevé personnel.

80 Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 198.

81 Cf. N. KALCHER, op. cit. , p. 7.

82 Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 195.

83.  "Weißspanier" est le nom populaire donné à Vienne pour désigner les Trinitaires déchaussés et les distinguer des "Schwarzspanier" de Saint Jean de Dieu.

84.  Georges Széchényi est archevêque d'Esztergom et Primat de Hongrie de 1685 à 1695.

85.  cf. E. NÁDOR, Die zweihundertjährige Dreifaltigkeitskirche in Pressburg (1725-1925), p. 9.

86  Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 170.

87  Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 175

88.  Le soulèvement est dû aux lourdes charges imposées aux populations pour faire face à la guerre de Succession d'Espagne. Soulèvement à la fois social, mouvement de paysans contre les corvées seigneuriales et contre les impôts, national, en ce qu'il se réclame des libertés traditionnelles de la "république" hongroise contre les efforts centralisateurs de Vienne, et religieux, car les protestants hongrois sentent lourdement la pression catholique. Le soulèvement prendra fin par la paix de Szatmar entre Joseph Ier et les Hongrois signée en 1711. Cf. M. VENARD, Les débuts du monde moderne , p. 896.

89 La première pierre de la restauration de la maison de Sarospatak a été posée le 26 avril 1728. Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 814.

90.  Nos sources nous parlent de documents conservés avant 1940 aux archives de Bratislava sous le titre: Acta Trinitarium Illaviensium , fasc. 274-279. Ils semblent avoir disparu desdites archives. Cf. FALLENBUCHL F., A rabváltó Trinitárius szerzetesek Magyarországon , p. 61.

91.  Cf. Lettre de Léopold Ier à Georges Széchényi archevêque d'Esztergom (Vienne, 24 juillet 1693): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 170.

92.  Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit., III, p. 195.

93 Cf. Diplôme de fondation de la maison trinitaire d'Illava par le primat de Hongrie Georges Széchényi (Posonius, 20 février 1694): copie à Rome, A.S.C., leg. 14/1. Cette lettre est publiée en lettres d'or.

94 Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit., III, p. 195.

95.  Avec l'arrivée le 20 juillet d'Adalbert de Saint André, de Jean de Saint Félix et d'Emmanuel de Sainte Marie, la communauté se retrouve à 5 membres. Deux candidats se présentent au noviciat et on nomme Emmanuel de Sainte Marie maître des novices. Plus tard, se joindra le premier profès de langue allemande Isidore de la Visitation.

96.   Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 170.

97 Le déménagement dû avoir lieu en octobre; Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit., III, p. 195.

98 lbid., p. 195.

99 Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 220

100 Cf. ALEJANDRO DE LA MADRE DE DIOS, op. cit., III, p. 195.

101 Donation signée par le comte Siegfried Christophe Breüner et Maria Barbara Breünerin (Vienne, 30 mai 1697): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 226.

102.  Confirmation par l'empereur Léopold Ier contenant le texte de la donation des comtes Breüner (Vienne, 1 septembre 1699): JOANNES A S. FELICE, op. cit., pp. 276-278.

103 Les Trinitaires se réfugient dans la citadelle le 5 juillet. Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 227.

104 La cérémonie est décrite dans JOANNES A S. FELICE, op. cit., pp. 260-261. Le comte von Breüner est mort le 12 mai 1698.

105 Elle est bénie par le recteur de Rayk et posée par le baron Jean Théodore de Pfeffershoven représentant impérial et gouverneur de Trents.

106 Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 519.

107.  Posonius, Presbourg, Pressburg ou Bratislava en Slovaquie. Cette ville était reconnue comme capitale de fait du Royaume apostolique de Hongrie après la prise de Buda et Pest par les Ottomans.

108 Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 231. cf. E. NÁDOR, op. cit. , p. 12.

109 Au début d'octobre, on commença les travaux d'aménagement de l'auberge. La salle à manger et les salles communes sont transformées en salle d'étude, réfectoire et en dortoir et la plus grande salle deviendra la chapelle. A l'entrée on installe les couleurs de l'Ordre et la devise de l'Ordre (Hoc est Ordo, non a sanctis fabricatus, sed a solo summo Deo) Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 234. cf. E. NÁDOR, op. cit. , p. 14.

110 Lettre du Ministre général au nom du Définitoire général acceptant l'accord entre la maison d'Illava et celle de Presbourg (Madrid, 10 septembre 1697): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 232. cf. F. NÁDOR, op. cit. , p. 14.

111 Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 235. cl. E. NÁDOR, op. cit. , p. 13.

112 Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 236. cf. E. NÁDOR, op. cit. , p. 15.

113 Cf. Décret du cardinal Léopold von Kollonitsch (Presbourg, 30 juin 1699): JOANNES A S. FELICE, op. cit., pp. 267-268.

114 Cf. Décret du cardinal Léopold von Kollonitsch (Presbourg, 30 juin 1699): JOANNES A S. FELICE, Triumphus misericordiae, pp. 205-207.

115 Cf. lbid.

116.  Décret impérial (Vienne, 23 septembre 1700): Rome, A.S.C. leg. 52.

117. Cf. FALLENBUCHL F., op. cit. , p. 93.

118 Lettre de Joseph Ier au Cardinal de Saxe (Vienne, 30 janvier 1709): JOANNES A S. FELICE, Annalium..., pp. 436-437.

119.  L'article 102 de la Diète hongroise en date du 8 novembre 1714 donne le droit d'indigénat ainsi que tous les privilèges liés à la citoyenneté hongroise. Ce droit et ces privilèges sont octroyés aux Trinitaires, aux Piaristes et aux Camaldules. Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 567.

120 Décret impérial de Charles VI (Laxenburg, 10 juin 1715). Cf. JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 568.

121 Cf. E. NÁDOR, op. cit. , p. 29.

122 Contrat de vente du cimetière protestant entre Jean de la Conception d'une part comme représentant de l'Ordre et le Sénat de la ville de Presbourg d'autre part (Presbourg, le 9 décembre 1715): JOANNES A S. FELICE, op. cit., pp. 600-602.

123 Décret impérial (Vienne, 12 août 1716): JOANNES A S. FELICE, op. cit., pp. 603-605.

124 Cf. E. NÁDOR, op. cit. , p. 31.

125.  Cf. E. NÁDOR, op. cit. , p. 32.

126 Cf. relevé personnel et FALLENBUCHL F., op. cit. , p. 98.

127 Cf. E. NÁDOR, op. cit. , p. 36.

128 Cf. FALLENBUCHL F., op. cit. , p. 99. Il donne les bienfaiteurs pour la construction du nouveau couvent et de l'église extrait du Protocollum Conventus Posoniensis Ordinis SS. Trinitatis Redemptionis Captivorum ab anno 1697, aujourd'hui disparu.

129.  JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 350.

130 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 351.

131 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 351.

132.  JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 352.

133 Cf. Lettre de l'empereur Léopold Ier au gouverneur de Prague (Vienne, 21 février 1704): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 353.

134 Cf. Lettre du gouverneur à l'archevêque de Prague Jean Joseph von Breüner (Prague, 9 mai 1704): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 353.

135 Cf. Lettre de l'archevêque de Prague Jean Joseph von Breüner aux supérieurs des couvents de la ville (Prague, 13 juin 1704): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 354.

136 Cf. Lettre de l'archevêque de Prague Jean Joseph von Breüner (Prague, 29 novembre 1704): Copie notariée: Rome, A.S.C. leg. 52.

137 Cf. Lettre de l'empereur Léopold Ier au gouverneur de Prague (Vienne, 2 septembre 1704): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 355.

138 Cf. Lettre du gouverneur au Sénat de Prague (Prague, 26 septembre 1704): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 355.

139 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 356.

140 Cf. Rapport du gouverneur de Prague à l'empereur (Prague, s.d.): JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 359.

141 Lettre de l'empereur Léopold Ier au gouverneur de Prague (Vienne, 2 mars 1705): copie à Rome, A.S.C. leg. 52.

142.  JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 366.

143.  Ce pont est le fameux pont Saint Charles à Prague.

144 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 367.

145 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 417.

146 Les bienfaiteurs se sont partagés le prix d'achat de la maison Lobkowitz: Joseph von Breüner (2000 florins), Jean-François Franchimont (4000 florins sur deux ans) et Michel Povolibus (4000 florins). De plus le droit d'indigénat ou de cité s'élevant à 2000 florins fut payé par le comte Jérôme Coloredo. Le payement de ce droit satisfera les magistrats.

147 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 419.

148 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 420.

149 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 422.

150 Décret de Daniel Joseph Maier, vicaire général et official de Prague (Prague, 22 août 1708). JOANNES A S. FELICE, op. cit.,  pp. 422-423.

151 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p.423.

152 Cf. relevé personnel.

153 JOANNES A S. FELICE, op. cit., p. 519.

154 Jean Ignace et Thérèse baron de Putz (relevé personnel)

155 JOANNES